‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 258 sur 274 · CHAPITRE XLIX. 5o · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIX. 5o

ne.pouyait sortir, il y a une étemelle vérité sans doute à dire aux nations : c'est que cette doctrine, toute raisonnée qu'elle puisse être, tout appuyée qu'elle soit sur les opinions et les écrits d'un grand génie politique, n'est vraiment pas praticable; c'est que les états, comme les hommes, ont leurs maladies indéfinissables , des retours de santé on ne sait quelquefois pourquoi , qu'ils tombent souvent dans un dépérissement inévitable, et que toutes les belles idées métaphysiques en gouvernement, les arrangements métapoliti' quesj dirait Delolme', ne peuvent guère s'appliquer avec quelque probabilité de succès qu'à des sociétés naissantes, de même que les chances de la vie, de la force, sont attribuées à l'enfant, et s'anéantissent tous les jours dans le vieillard.

M. Botta finit sa préface, dont j'ai tiré les citations qui précèdent, par des réflexions pleines de sens et de charmes sur les progrès des lettres, sur le bien produit par la religion réduite à des pratiques plus saines, améUorations qui ont purifié les mœurs, et adouci les esprits. M. Botta déplore le naufrage de la civilisation citoyenne qui a fait place à une sorte de civilisation philocosme (cosmopolite). La liberté de la presse a uni ensemble toutes les nations , et de toutes parait n'en avoir fait qu'une seule. Le patriotisme s'est réduit à une vanité nationale d'un peuple vis-à-vis d'un autre peuple, et non plus au vrai amour d'une liberté intérieure et personnelle. Il termine par ces phrases écrites dans un style de la plus haute portée :

« Un autre mal plus déplorable tourmente les générations présentes. Quel est ce mal? Les sophistes, lesquels ayant laissé de côté les matières religieuses , se tournent de nou-

' Vojes pins haat, chap. XLIX, pig. 427.

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yeau, ainsi qu'ils le faisaient anciennement, et s'attaquent ^ comme des insectes imperceptibles, à Fart de gouverner, lueurs subtilités, leurs déclamations alambiquées , leurs abstractions , leurs obscurités sont telles , et en si grand nombre à cet égard, que toutes les entéUchies ne peuvent leur être comparées. Voilà un grand signe de décadence; il ne peut pas exister un plus sur indice de corruption dans une nation. Les ra/Jinateurs des idées sont la ruine des états. Les sophistes ont perdu la liberté grecque; ils ont perdu la liberté latine : ils perdront la liberté européenne ' si ceux qui savent bien [qui recte sapiunt) ne sont pas en état de leur opposer une digue suffisante , et si le bon sens ne triomphe pas de \ esprit *. »

II ne peut entrer dans mon plan de continuer l'examen de l'Histoire d'Italie par M. Botta. Quoique Fattrait que j'ai éprouvé à la lire m'ait fait suspendre l'impression de cet ouvrage, je ne pourrais pas en peu de lignes donner assez d'éloges à cette belle et honorable composition. Je me borne à observer qu'elle paraît depuis quelque temps , que personne, ou presque personne n'en a parlé; qu'un si bel ouvrage a été ce-

I Veat«oD «Toir une idée de la manière dont on improTÎse les loia depoîs 40 ans précitément? Voici une lettre que M. Héranlt de Séchelles écrivait , le 7 juin 1793, k M. DeMolnayes, rnn des directeurs de la Bibliothèque du Roi.

7 juin 1 793 , Tan xi de la rép. h.

Cher concitoyen , « Chargé, avec quatre de mes collègues, de préparer pour lundi un plan de constitution, je vous prie, en lenr nom et an mien , de nous procurer sur-lechamp les lois de Minos , qui doivent se trouver dans un recueil de lois grecques ; nous en avons un besoin urgent.

« Signet HiKLVrLT DK SàcBELLU.

« Salut, amitié, fraternité, au brave citoyen Desaulnayes. »

J'ai vu Toriginal de cette lettre , qui a été publiée dans l*Isographie des hommes célèbres, x8a8-i83o, in-4'*.

L*année suivante, Héranlt de Séchelles, encore jeune, avait péri par ordre de ceux qui ne voulaient pas de ses lois, empruntées de celles de Minos.

> Voyes pour toutes les citations que j*ai recaeilUes ici , la préfiice de la Storia ttltaSa,

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