‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 260 sur 274 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Nous avons rapporté une partie de Finstruction opiniâtre du long procès politique. 11 reste à examiner ce qu'on a dit de Machiavel^ comme écrivain militaire.

£n i546y Charrier dédie au dauphin , fils de François I*', une traduction de Yj^rt de la guerre ', et il accompagne cette traduction d'éloges réitérés , en rendant à Machiavel toute la justice qu'on ne peut lui refuser. Deux années après, il parut un livre portant pour titre : Instructions sur le faict de la guerre^.

C'est de L'Aubespine, auparavant secrétaire d'état de François I*', qui signa le privilège. Le livre y est intitulé : La Discipline militaire et Instructions sur le faict de la guerre^ extraits puis peu de temps de plusieurs autheurs.

Dans un avertissement on lit ce qui suit :

« Quant messire Guillaume du Bellay, seigneur de Langeay , chevalier de Tordre , lieutenant du roy à Turin , dé-

< L*ouTrage est soivi de la tradactlon d'Onosaoder. On sait qu'Onosander, philosophe de Técole de Platon , et qui florfssait , i ce qne Ton croit , sooa Tempire de Oaade, a composé un ouvrage intitolé : La Science du Stratège, Machiavel y a paisé quelques pensées.

* Instrvctiont sttr le faict de la guerre j k Paris, de Tiniprimerie de Blichel Yascosan, pour luy et Galiot du Pré, M. D. XLVHI, anec privilège du roy, i9-folio.

5o8 MACHIAVEL.

céda, il laissa Tne très belle librairie, garnie d*Tn grand nombre de Tolumes grecx , latins et françois, tous de bonne estoffe, qu'il auoit assemblez de toutes partz, auec vne menieil* leuse despense. Mais surtout, il y en auoit deux en la masse, qui luy auoient plus cousté que le reste, et si n auoit point enuoyé loing, ne baillé argent, pour les recouurer. LVn estoit rhistoire des François qu*il escripuoit en latin, qui estoit desia bien aduancée , laquelle le feu roy lui auoit commandé traduyre en nostre langue. »

« L'autre estoit le présent traicté de la guerre, sur lequel plusieurs de ses seruiteurs tesmoignent lauoir vu besongner, et IVn d'eux en apporta tout après tu double à certain personnage, lequel se ressentant du fruict qu'il auoit cueilly de l'amitié de ce vaillant seigneur , et iugeant le liure estre du vrai patrimoine de la noblesse Françoise qui suit les armes, pour satisfaire à la mémoire de l'vn et au profit de l'autre, a donné ce liure à l'imprimeur, pour le publier, mais tout en la forme qu'il est venu en ses mains, c'est-à-dire sans porter en tête le titre de celluy qui l'a faict : plus pour le deuoir qui nous oblige à traicter relligieusement et par grand' prudence l'œuvre d'autruy, parmy laquelle nous ne pouuons, sans faire tort à l'aucteur, entremesler rien du nôtre, que pour doubte qu'on doibue (aire que le liure ne soit venu de la main du bon cheualier, qui a sceu sagement entreprendre , hardiment exequuter et proprement escripre autant que gentilhomme François ou estranger ayt &ict de mémoire des honunes. > A. D. R.

L'auteur entre en matière. Il croit que Ton peut lever en France a5,ooo hommes, et il présente, à ce sujet, des vues tout-à-fait sages et réfléchies : il se demande dans quelle classe il faut lever ces a5,ooo hommes , et déjà il copie toutes les opinions de Fabrice dans r^rte délia guerra de Machiavel. Il n'adopte pas, il est vrai, le mode d'interlocution qu'a suivi le prince romain, mais très librement et très ouvertement, il le copie; il prend ses exemples dans les anciens ; comme

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