‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 261 sur 274 · CHAPITRE L. 5o · texte numérisé non relu

CHAPITRE L. 5o

Machiavel , il répète ce que celui-ci a dit sur la phalange y la caterue et le bataillon. Il ajoute à la légion un maistre de camp y un sergent maiouTy un préuost, un greffier et un maistre des haultes œuuresy un médecin, un apothicquaire et un cirurgieny et quelques faiseurs de feuz artificielz et de pouldre. Les figures de dispositions militaires qui suivent sont celles de Machiavel, à quelque différence près.

Après avoir suivi Machiavel presque pas à pas,'du Bellay s'écarte un moment de son plan pour trttcèr le portrait d'un parfait général. Machiavel a bien dit que le parfait général se trouve dans celui qui accomplit bien ce qu'il a recommandé; du Bellay fait mieux à notre avis. Au lieu de laisser épars tous les préceptes du secrétaire Florentin , il les réunit en un faisceau, et ce passage, quoique emprunté presque en tout de Machiavel, est un des morceaux les plus remarquables de l'ouvrage de du Bellay, en même temps qu'il est tout-à-fait neuf pour la forme , qui appartient directement au stratège français.

« le nommeray vn seigneur, que nous auons en France (sans aller plus loing), en ymaginant et contemplant les diuines conditions duquel nous pourrons veoir clairement toutes les bonnes tâches quvn parfaict lieutenant-gënëral doit auoir en soy : tant que qui le vouldra former tel , n*a que faire d'emprunter lexeraple d autre que luy ; car, à mon iugement, il est tout tel qu'il le fault, et ceci puis*ie affirmer sans deuoir estre dict flateur, tant ne quant, ayant pour moy la vérité, et l'opinion de ceulx qui s'y entendent. C'est monseigneur le Gonnestakle , auquel Dieu a voulu faire tant de grâces qu'il l'a faict excellent homme de guerre, quand il est question de guerroyer, et après, quand la paix arriue, il n'en est point de plus apte pour l'entretenir; de sorte que ie ne pense auoir iamais veu personne que si bien se sceust accommoder à tous les deux temps qu'il faict, et qui ne s'a-

5io MACHIAVEL.

donnast plus à IVn qu'à l'autre « là où par ce que nous en Toyons j il en vse indifféremment. Dieu le nous a donc foi^gé tout tel qu'il nous estoit deu, pour exercer, comme il appartient , Testât que le roy lui a baillé entre mains : car il scaît faire la guerre pour auoir paix j et entretenir la paix pour éuiter la guerre , et ainsi il ne pend peu ne prou plus deuers r^ne part que deuers Fautre, combien qu'il ait toutes les deux en sa main, et que le royaume s'en repose du tout en tout sur luy , pour raison de sa vertu , et qu'il est accompaigné de toutes les qualitez nécessaires à manier tous ces deux temps : et laissons le temps de paix à part, n'a-t-il pas toutes celles qui conuiennent à vn parfaict lieutenantgénéral s'il est besoin de faire guerre? Car n'est -il point yssu de très bon et très haut lieu pour attirer à soy la faneur des souldardz ( si tant est que la noblesse du sang y face quelque chose)? N'est -il point riche et puissant pour gaigner le cueur des gens à force de donner, et pour mesner une grosse despense? N'est-il point tempéré, sobre ^ pénible, subtil^ libéral , de bon aage , affable^ bien parlant^ et homme de réputation et bien renommée ? Si est certes. Or sont ce les principalles conditions qu'vn chef général doit auoir, si comme d'eslre tempéré, à celle fin que la volupté ne le desbauche ny ne le destoume de donner ordre aux aflàires d'importance qu'il a sur les bras. Sobre ^ s'il veut estre vigilant , et auoir l'esprit déliuré pour entendre aux choses difficiles : car l'homme qui s'adonne à vivre délicieusement, et à trop manger et boire, endort et ensepuelit son entendement Ains s'il l'auoit aigu auparauant, il le retrouuera

adonc tout rebouché et inutile. Pénible, pour certain qu'3 fisiult qu'il soit tousiours le moins las à la peine , et celluy qui en supporte plus que nul : le premier esveillé, et le fin dernier à s'endormir. Subtil, et de telle nature qu'il discourt en peu d'heures, en son entendement, toutes choses pour les sçauoir deuiner, et préuoir de longue main, et semblablement pour comprendre vne finesse ou pour l'inuenter. Libéral^ car par ce moyen il fera de ses ennemis, ses amis; des estrangers incongneuz , ses priuéz : et les meilleurs des

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