‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 263 sur 274 · CHAPITRE L. 5i · texte numérisé non relu

CHAPITRE L. 5i

Gentillet a mal parlé des préceptes de Fart militaire donnés par le Florentin; il prétend qu^on ne les pratique point j et quHls ne sont estimés dignes d'obser^ vation^par ceux qui entendent Tort militaire. Du Bellay n'avait pas été de ce sentiment. Cependant on finit insensiblement par connaître quelque chose de cet j4rte délia guerruy mais ce ne fut pas pour le juger avec discernement. Voici ce que disait Brantôme en i6o4 :

« Fabrice Coloune fut estimé en son temps un si bon capitaine , que ce bon galant de Machiavel , mauvais instructeur de guerre, certes, en son livre de VArt militaire y le fait son principal chef de son parlement en cela , et comme à qui il falloit déférer beaucoup. Il y introduisoit ledit Fabrice comme donnant à entendre que ce qu'il y dit ce sont comme arrêts et sentences, et Dieu sait si nos grands capitaines y ont trouvé à dire '. »

Si du Bellay a ajouté au tort d'avoir pillé Machiavel celui d'avoir dit, dans son temps, que l'ouvrage du Florentin sur la guerre était mauvais, il est bien répréhensible, lui qui, comme assure M. Tenhove, n'a pas pris d'une main dans Machiavel, mais a pris des deux mains tout ce qu'il a trouvé de bon; et en vérité c'est presque tout l'ouvrage.

En 1664, VArt de la guerre, traduit par le sieur de Briencour, est offert à l'admiration de la France; mais du Bellay n'est pas cité comme s'étant approprié les pensées du Florentin.

En 1730, Folard proféra un jugement si extraordinaire qu'il faut le rapporter tout entier, et précisément à cause des contradictions qu'il renferme.

U loue Machiavel ^ sur ce qu'il a dit, dans les

> Brantôioe, tom.IV, pag. 127.

> OEorres d« Folard» 6 vol. in-4", hUt.de Polybe, avec on oommeDtajre, Paru, 17^7» tom. l, Wy, I , chap. XIV.

5i4 MACHIAVEL.

Discorsi ' , du coup-d'œil à la chasse , et il ajoute :

« Il y a très-peu de gens de guerre capables de tirer d'un fait historique les observations qu'on vient de lire dans ce passage de Machiavel. G*est tout ce que pourrait faire rhomme le plus consommé dans le métier des armes. Je n*en suis nullement surpris. Une étude profonde et réfléchie de Thistoire nous mène nécessairement à une infinité de connaissances qui nous mettent en état de juger sainement et solidement de tout. L*étude de la politique, dont Thistoire est le fondement, est un puissant moyen pour nous perfectionner l'esprit et le jugement. Les discours politiques et milit;iires de cet auteur, sur les décades de Tite-Live, sont un ouvrage immortel. Je le trouve digne de la curiosité des gens de guerre , et d en être bien lu et bien médité. La vie de Castruccio, un des plus grands capitaines de son siècle, quoique peu connu , n*est pas moins admirable. Bile est tout or^ née de faits curieux très-instructifs, et pleine de réflexions et d'observations militaires que peu de gens savent faire, tant cet homne avait le génie tourné au métier. Hors un livre de guerre de sa façon qui ne lui fait pas beaucoup dhon-» neuTy quoiqu'il ait pillé Végèce qu'il a très-mal travesti , Il est admirable en tout. Il s'était trouvé dans un temps où l'Italie était agitée de tant de troubles et de guerres étrangères , qu*il ne faut pas être surpris qu'un homme d*esprlt et de jugement ait été capable d'un si bel ouvrage ; car, comme il se trouvait sur les lieux, il était en état d'avoir d'excellents mémoires , et de consulter les officiers qui s'étaient trouvés dans ces guerres *. »

Nous ne relèverons pas quelques inexactitudes de style. Mais que signifie cet homme qui aidait le génie tourné au métier^ auteur d'un livre de guerre qui ne lui fait pas beaucoup (T honneur^ et cependant admirable en tout? puis Machiavel est appelé un homme

> Discorsi, Ut. HI, chap. XXXJX, PassîgU, p«g. 287.

> Folard, tom. I> p^g* a6s.

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