‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 264 sur 274 · CHAPITRE L. 5i · texte numérisé non relu

CHAPITRE L. 5i

d'esprit: U n'y a plus qu'à dire qu'U était un bon homme.

Voici actuellement le vengeur inébranlable de Machiavel écrivain militaire, Algarotti; et sa défense va être d'autant plus courageuse qu'il l'adressera au frère du roi de Prusse, aux principaux généraux de cette grande puissance militaire, avec l'assurance que le grand Frédéric lui-même en verra bien quelque chose.

La première lettre sur la science militaire commence ainsi :

« n n j a pas de doute que Testime dans laquelle on a tenu la science militaire du secrétaire Florentin , n*ait eu de nombreux contradicteurs. L opinion générale est qu'il faudrait regarder comme temps perdu celui qu'on emploierait à la lecture du livre sur \Art de la guerre. Le secrétaire Florentin n'était pas militaire^ cela a dû beaucoup nuire à ses écrits sur cette matière. En fait de guerre , vie d'action et de vigueur, on croit communément à la science de celui qui a été quelques semaines dans les camps, qui a vu quelques mouvements d'armes , et considéré l'ennemi en face une ou deux fois , plus qu'à la science de celui qui a médité pendant de longues années Végèce et Polybe. En cette étude , un caporal ou un sergent est plus savant que le pluÀ grand littérateur du monde , et l'on tient fermement que la guerre n'est pas une science spéculative, et qu'elle s'apprend par la pratique. Ces paroles sont confirmées par beaucoup d'exemples de spéculations fort belles en théorie, et qui dans la pratique n'ont pas réussi, confirmées par la mauvaise figure entr autres que firent Pompée Targoni au siège d'Ostende, et Roberval à Thionville, quand l'archiduc Albert et le grand Gondé, qui les y avaient fait venir, crurent y avoir appelé les preneur^ de la ville. Aussi, quand on voit, sur le titre de VArt de la guerrey que l'auteur est le secrétaire de la république de Florence, on s'im^ne qu'il ne faut pas le lire. Que dire à cela? Au besoin les réponses ne manqueraient pas. • . . Enfin , je

5i6 MACHIAVEL.

confesse, moi, que je suis d'opinion qu*il j a beaucoup de profit à tirer du livre du secrétaire '. »

Algarotti dénonce successivement les auteurs et les guerriers qui ont emprunté à Machiavel : Langeay, Gustave- Adolphe, le prince d'Orange, le duc de Parme, Montecucoli. Voici ce qu'il dit de Langeay (du Bellay).

« Il a pris des pages entières de Yjért de la guerre^ et les a agréablement 'encadrées çà et là dans son livre qui, pour un quart, est une vériuble traduction du secrétaire, dont au reste il n*a pas dit un mot. >

« Les érudits citent bien d autres exemples du cas que les Français font de nos écrits \ »

Algarotti continue ses explorations. Marchi fut maître de Vauban; les parallèles, dans les sièges, furent inventées par les Italiens : ils étaient autrefois les architectes militaires de l'Europe. La citadelle d'Anvers , si célèbre, fut construite par Paciotti dlJrbin; la forteresse de Spandau, et celle de Custrin , sont l'ouvrage de François Giramella. Montmorency éleva à Avignon dès retranchements conseillés par le secrétaire y dont les ouvrages sur la guerre venaient d'être publiés. En 1745, le roi de Prusse suivit encore un précepte du secrétaire. Les Autrichiens menaçaient la Silésie, le roi les attendit au-delà des montagnes qui la séparent de la Bohême.

La lettre neuvième commence sur ce ton :

« Vous aimez beaucoup, dites-vous , à voir messer Nicolas dans le conseil de guerre de Montmorency y et encore plus dans celui du roi de Prusse; vous vous le figurez, avec sa

I Let. I'^ tom. V, pag. i, Crémone, X778*

s Tom. V, pag. 4a. Cette petite épignuume d* Algarotti, dite en passant» a bien qnelqne chose de Trai : nons avons copié long-temps les Italiens , mais à la fin do XVIII* siècle ils nons Pont quelquefois bien rendu.

Page 1