‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 265 sur 274 · CHAPITRE L. 5i · texte numérisé non relu

CHAPITRE L. 5i

êimarre noire j entouré de ces uniformes bleus, et qui répond dans son pur langage florentin , à des paroles fiaiites pour étourdir un chien '; vous vous le figurerez aussi taillant sa plume pour écrire Th'stoire de ce grand roi; et, certes, il Taurait écrite mieux que Puffendorff n a écrit celle du grandélecteur. »

« Puisqu'il vous plaît tant de voir messer Nicolas dans le conseil , voyez-le donc aussi à Molwitz dans le premier iait d'armes qui eut lieu entre les Prussiens et les Autrichiens. Ce fut son ordre de bataille qui donna la victoire. Vous vous rappellerez comme les cavaliers prussiens, qui à ce combat étaient en petit nombre , et encore moins exercés qu'ils ne le sont aujourd'hui , furent battus et dispersés par la cavalerie autrichienne. Celle-ci fit une conversion pour prendre en flanc l'infanterie; et déjà la bataille était perdue, si cette infanterie n'avait été miraculeusement soutenue par quelques bataillons qui la protégeaient sur les flancs. Eh bien ! c'est là \ ordre de bataille du secrétaire^ pour être rassuré, dit-il , et se défendre de toute impétuosité de la cavalerie ennemie , quand elle est plus nombreuse que la tienne, et que tes cavaliers sont découragés. Cela occasiona la victoire qui sauva le Brandebourg, conquit la Silésie, et à la suite de laquelle les Prussiens furent animés d'une telle vigueur, que depuis plusieurs années ils guerroient, et qu'ils entrent en campagne contre presque toute l'Europe et une partie de l'Asie.»

« S'il vous plaît , suivons le secrétaire plus avant dans le Nord, quand il alla conseiller le fameux comte de Munich dans la guerre contre les Tartares.... Que fit Munich contre un tel ennemi? rien autre que ce que recommande le secrétaire. Il marche en bataillon carré prêt à combattre de tous points, toujours prêt à marcher ou à se défendre.... Mais cela ne suffit pas. Vous l'avez vu entrer dans les conseils de guerre ,

I Jamais on Italien ne laisse passer une occasion de plaisanter sur les consonnances de la langne allemande : car id il ne s*agit pas de nons , quoiqa*on ait parlé de Montmorency; il n*est question qae des nnifonnes biens de Tannée prossienne.

5i8 MACHIAVEL.

nous le verrons dans qudques batailles qull donna de son invention : s'il n*eut aucun risque à courir , au moins il put en certaine manière pratiquer ses doctrines '• »

Suit une description des trois batailles rapportées dans le roman de la vie de Castruccio, qu'il faut lire dans Machiavel lui-même. Algarotti finit ainsi cette charmante et spirituelle correspondance.

« Mais il est temps qu'après une longue campagne nous pensions à rentrer en ville, et à rendre, par les vendanges prochaines, gais et délicieux nos quartiers d'hiver '• •

Nous ne pouvons pas nous empêcher d'applaudir au bon esprit, à la délicatesse du goût de Frédéric, qui permettait qu'on lui montrât de semblables lettres, et qui en témoigna plusieurs fois une satisfaction sincère à Algarotti, qu'il comblait de bienfaits. Frédéric manifesta aussi dans ses x)uvrages une estime particulière pour la science de Machiavel auteur miUtaire.

Algarotti n'a pas connu le traité important de lioyd ^; il y aurait aussi retrouvé à chaque page des doctrines du Florentin. Lloyd travaille sur les données de ceux qui ont lu le secrétaire. H en résulte que, sans l'avoir lu lui-même, il répète quelques-uns de ses préceptes. Ce livre renferme encore

' Algtrouî , tom. V, pig. 49.

> Algarotti, tom. V, pag. i3a.

3 Introdaction à lliistoire de la gaerre en Allenagne , en 1756^ entre le roi de Prasse et rimpératrice reine aTeo aet alHéa , on Mémoires militaires et politiqoes du général Lloyd; Londres, Bruxelles, 1784. La traduction de cet onrrage est dn marqnis de Mesmon. Une note, trouvée dans ses papiers, lonqn*il mourut à Neuilly, le a mars i83 1 , apprend que cette traduction est son ouTrage, et qu*elle a été imprimée à ses frais. Elle a été tirée à a,ooo exemplaires, qui ont été apportés au obêteau de Mesmon. La plus grande partie a été saisie par la municipalité de Réthel , lorsque le scellé fut apposé à Mesmon , après rémîgration du propriétaire. On a saisi également les enivres de ce volume et d*un second volume de Lloyd qui devait contenir lliistoire de la guciTe de

Page 1