CHAPITRE L. 5a
conseillé une seule violence au nom de la religion.
On ne reprochera pas à Machiavel d'avoir déterminé Napoléon à faire périr le duc d'Enghien. Machiavel ne parle pas de la puissance rétablie dans des familles qui l'auraient perdue : il vivait à une époque où les grands souverains, excepté ceux de la France, ne remontaient pas, comme souverains, à une bien haute origine, et, à cette époque, il n'y avait de graves orages que dans les républiques. Il dit toujours qu'il y a du danger à gouverner les pays qui ont joui de la liberté de s'administrer eux-mêmes; et il recommande des mesures sévères pour contenir les mécontents , tout en assurant que la justice et l'autorité du bon sens sont les premiers moyens qu'il faut employer. Napoléon n'a rien lu dans Machiavel qui ait pu lui conseiller l'invasion d'£ttenheim.
Je placerai ici, à cet égard, quelques informations , qui, je crois, ne sont pas imprimées.
Le roi de Suède, Gustave IV, connu depuis en Europe, où il a tant voyagé, sous le nom de colonel Gûstafsson de Holstein-Eutin^ parti de Trieste en 1 3 j 6 , pour se rendre dans le Levant , toucha à Corfou, et de là à Prévesa, où se trouvaient Ali, pacha de Janina, et M. Hugues Pouqueville; il donna à ce dernier, pendant son séjour dans cette ville, des détails neufs et fort intéressants (détails qu'il confirma depuis à
« Escrit lau'n de M. BoaUlaad tooehaiit la poUtîqiie da osrdiiuil de Kidic* « lien, qoi pres«oit le roi de demander an pape nn bref par lequel il lai fat per> « mia , sans antre fonne de instice , de faire monrir cenx qa*il iugeroit dignes « de mort, et qae le pape Urbain VUI alors Ini refnsa. •
Cet écrit latin , qn*annonoe ce Catalogne , ne se trouve pas. Je snis porté à croire , en attendant qne je voie cet écrit , qoe pareille demande n*a jamais été adreasée i Rome, on elle aurait excité nn sentiment d'borrenr. Mais il est possible qne le cardinal «It lait rédiger ce mémoire , seulement pour laisser croire qn^nn tel droit pouvait être entre ses mains.
M. Charles-François Pouqueville , consul général auprès du même pacha , et frère dé M. Hugues) sur les causes qui pouvaient avoir déterminé Napoléon à faire arrêter le duc d'Enghien. Il paraîtrait que le petit -fils du prince de Condé et le roi de Suède, qui séjournaient alors dans les états de Bade, auraient adressé à Napoléon un défi collectif. Ils lui parlaient d'abord sur un ton fort convenable de ses victoires, de la renommée qu'il avait acquise, et ils finissaient par déclarer que, commeilparaissaits'attacheràprofiter pour son compte de tant de gloire , et ne vouloir rien rendre à la royauté légitime, ils le sommaient de se trouver sur un point indiqué d'un territoire neutre, où le différend, concernant la question relative au trône de France, serait résolu l'épée à la main. Gustave IV, plus jeune de six ans que le duc d'Enghien, et qui était roi, et conséquemment plus livré à l'habitude de faire quelquefois sa volonté, sans consulter personne, aurait entraîné le prince français à signer ce cartel, rédigé, surtout vers la fin , en termes analogues à ceux que François V^ avait adressés à Charles-Quint. La réponse au cartel fut, disait Gustave, le passage du Rhin ordonné à quelques hommes affidés, l'invasion du territoire de Bade, l'arrestation du duc d'Enghien, successivement traîné à Paris , jugé, et frappé de plusieurs balles dans les fossés de Vincennes. Ces faits n'ont pas encore été publiés. C'est, dit-on , par suite de cet événement si fatal, et si déshonorant pour Napoléon, quoiqu'il ait déclaré qu'ayant demandé au duc de Bade l'extradition du prince, elle lui avait été accordée ', ce qui certainement n'a jamais été vrai, c'est par suite de cet
I Voyez les Opinions de Napoléon sur tliiws sujets nie politique ^ etc., par M. Pelet de la Lozère , Parit » i833, pag. 44.