‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 269 sur 274 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

événement que le même roi de Suède, en iSiy^auiait senti en lui une vive douleur d'avoir été la cause indirecte d'un crime qui aggravait le malheur de la position de Napoléon, déchu de toute sa grandeur, ayant à répondre, sans armées, du sang de l'innocence, et comme à la merci de la puissance de cette famille qu'il avait si cruellement offensée. On ajoute que n'étant pas maître de cette impression, et tourmenté par des reproches de conscience, Gustave, bien qu'il ne fût plus roi, et que son crédit ne pût être qu'incertain , aurait cru devoir écrire à Louis XVIII la lettre que je vais rapporter.

« Sire,

« Je me rappelle, non sans intérêt , que Votre Majesté, en m*écrivant, a plusieurs fois énoncé qu'elle se faisait un plaisir de pouvoir contribuer à ce qui pourrait m*être agréable. Cest à la suite d*une expression aussi flatteuse pour moi , que je prends la liberté d*énoncer un désir qui me pesé depuis long-temps sur le cœur. Oui , Sire, je m adresse à Votre Majesté pour obtenir de sa générosité, un adoucissement dans le sort actuel Au. général Bonaparte. Votre nom , Sire, n«n sera que plus chéri par les Français, et votre gloire n'en sera jamais ternie. Si la Providence n a pas permis à Votre Majesté de faire condamner cet homme remarquable d'après la sévérité des lois , puisse-t-elle vous accorder le droit de pouvoir honorer en lui un des plus fameux guerriers que la France a produits , en attachant par ce bienfait un nouveau lustre à votre règne ! Je parle le langage de ma conscience, qui m* a toujours guidé y et j'ose réitérer l'assurance des sentiments avec lesquels je suis , de Votre Majesté ,

Le très-dévoué frère et cousin.»

Signé y G. A. Gustafsson.

Francfort-tur-le-Mem , ce t ornai 1817.

Je sais les faits que j'ai rapportés ici, d'abord par

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un homme d'honneur, demeurant à Ancône, à qui une personne de la suite du colonel Gustafsson les a également confiés; puis ils sont confirmés par mon ami, M. Charles-François Pouqueville, ce digne et respectable défenseur de la nation grecque, sans con* tredit Tun des hommes les plus honorables du département des affaires étrangères , ce courageux et patient captif des Sept-Tours, aussi modeste que savant, et qui aurait mérité une récompense nationale, pour les services qu'il a rendus à la civilisation moderne (mais il est à peu près oublié en France, et il y a des personnes, peut-être un peu trop ardentes, qui disent , je ne pourrai jamais le croire, que son nom est inconnu en Bavière). Je dois donc ajouter foi, indépendamment de tout autre motif, à ce que m'a dit M. Pouqueville. Ensuite la démarche du colonel Gustafsson, le ton de sa lettre, ce désir qui lui pèse depuis long- temps sur le cœur^ cette conscience qui Va toujours guidée cette admiration pour Bonaparte, le héros de la France, cette naïve préoccupation royale qui parle de la sévérité des lois à propos d'un homme qui avait brisé, avec son épée, toutes les lois anciennes; tant de circonstances me portent à penser que ce cartel a été vraiment envoyé.

Quant à la lettre que j'ai transcrite ici , j'ai vu moimême l'original, je l'ai copiée moi-même sur cet original, et je connais très-parfaitement l'écriture du prince. Des généraux français m'ont dit encore que ce genre de provocation déplaisait beaucoup à Napoléon , et je suis d'avis en cela qu'il avait raison, car ces combats ne sont plus dans nos mœurs. Il parait que sir Sydney Smith, renfermé dans Saint- Jean-d'Acre , s'étant cru insulté par un ordre du jour y avait proposé un cartel au général en chef Bonaparte. Alors il fut

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