CHAPITRE L. 5a
décidé, dans le camp français, que sir Sydney n'étant qu'un Commodore y les colonels de Farmée acceptaient tous son défi, et il n'eut pas de suite. On dit aussi qu'il avait été question d'un duel entre Moreau et Bonaparte, bien avant la catastrophe du duc d'Enghien. En définitive, je crois que Napoléon fit bien de ne pas accepter le cartel, et je ne l'en trouve pas moins brave. Mais pour une telle provocation , faite par un prince entraîné malgré lui à cette démarche, et sur^ tout par un roi de vingt-six ans, devait-on commettre une action si coupable , mépriser le droit des gens , joindre la ruse à la violence, et se séparer ainsi, par un fleuve de sang , d'une famille qui pouvait revenir sur le trône, puisqu'elle y est revenue?
Alors des complications inexplicables de rivalités et de vengeances, la guerre déclarée par presque toute la nation anglaise à un seul homme, qui se trouvait désarmé , après avoir commandé à l'Europe, ne purent apparemment permettre à la famille offensée la moindre expression de la générosité chrétienne qui pardonne. Le guerrier, sans prévision, qui avait cru être un politique consommé , subit la peine de ce qu'un de ses agents a appelé le crime-faute. 11 subit ce châtiment cruel sans qu'aucune voix s'élevât pour demander que son sort fût adouci, excepté celle de l'imprudent qui, peut-être, avait été la cause de cet attentat contre le droit le plus sacré et les règles de la guerre entre peuples policés , de l'imprudent qui, détrôné lui-même, apprit une fois de plus combien le pain de t étranger est amer.
Tous ces détails permettent de considérer cet événement sous un autre point de vue. Ce ne sont pas les Discôrsiy formant partie de la bibliothèque de Napoléon , qu'il faut mettre en accusation.
5a8 MACHIAVEL.
Peut-être y aurait-il lieu ici à examiner de plus près ces trois hommes de pouvoir si terribles , le secrétaire Machiavel y le cardinal de Richelieu, et l'empereur Napoléon, ces hommes, on dirait presque d'acier, de bronze et de fer, qui écrivirent ou pratiquèrent des doctrines si violentes; mais je m'écarterais trop de mon sujet: je dois, au point où est arrivé mon ouvrage, me borner à résumer quelques-unes des circonstances de la vie et des compositions de celui auquel j'ai consacré de si graves méditations.
J'ai fait connaître ses premiers essais dans l'art des négociations. Prédominé par la nature de mes études de trente ans , et par l'attrait particulier que je trouvais à lire ces dépêches si habilement raisonnées , j'ai donné à ce travail une étendue peut-être exagérée; mais je désirais que nos jeunes politiques ne perdissent rien de semblables leçons, qui sont , il faut le dire sérieusement, d'excellents et de rares modèles de bon goût , d'esprit d'observation , de tact , de style , et de courage.
Quand le chantre des Decennali a entremêlé de ses inspirations ses opérations diplomatiques, fidèle à l'ordre chronologique que je m'étais prescrit , et qui est une règle sûre pour bien apprécier Machiavel, dont on a si outrageusement déplacé la vie et les actions, j'ai quitté le politique, et j'ai tâché de juger le poète.
On ne m'accusera pas d'avoir ménagé le secrétaire, quand il se plaint avec tant d'insistance de la modicité de son salaire; quand il prie les Seigneuries d'ordonner à Bernardin Panciatichi de lui avancer cinquante scudi; quand il sollicite des lettres de crédit sur tant de Florentins qui habitaient la France, ou qui y avaient des correspondances. Il existait alors la famille des