‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 273 sur 274 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Je n'ai pas quitté Machiavel grandissant , contre la coutume de tant d'hommes des temps passés et mo* demes, fidèle à un parti qu'il avait embrassé, et, comme les Gaulois, n'abandonnant pas ses patrons dans leur mauvaise fortune '; militaire consultant, même militaire pratique; en même temps négociateur courageux, puis une dernière fois, historien d'une époque de douleur présage des fléaux prêts à dévorer Florence, Florence qui n'avait su par aucun moyen assurer sa liberté,quoiqu'elle eût invoqué des rois, des lieutenants de monarques, des magistrats de doctrine aristocratique, un cardeur de laine (Lando), des ambitieux énergiques, les hommes de force de toute classe qui apparaissaient dans l'enceinte de la ville, un citoyen probe, modéré, sans enfants, qui ne devait désirer que l'avantage de tous, enfin le patronage du Saint-Siège, si puissant en Italie.

Tai conduit Machiavel aux derniers instants de sa vie, mourant pauvre, parce qu'il avait été honnête homme, et j'ai prouvé qu'il rendit le dernier soupir en manifestant des sentiments de religion.

Je pouvais croire ma tâche finie, mais il m'a semblé que je devais aux lecteurs un récit de Y Iliade litté^ rtUre dont Machiavel avait été la cause et le sujet.

On a distingué dans la mêlée, ou pour lui ou contre lui , les plus grands génies qui aient illustré les siècles suivants. Dans cette revue, j'ai oublié sans doute, j'ai dû oublier des noms, peut-être des corps entiers de combattants. U y en a d'obscurs que je ne regrette pas. Je ne sais pas bien si j'ai £sdt mention de tous ceux qui méritaient d'être cités; je crains que

' Nefas more GaUomm est, eiiam in extremd fortund^ desercre patronos, CéMr, CoRMient., Uv. VU, XL.

des illustrations recommandables n'aient échappé dans cet examen si rapide. Tai continué de marcher sans recueillir toutes les critiques des ims , tous les suffrages des autres; je m'en accuse , mais il fallait avancer. Je pourrais nommer ici quelques-uns de ceux que j'ai paru négliger dans ma course; mais il me semble que j'ai assez accompli mon devoir, à peu d'exceptions près qui peuvent porter, d'une part, sur Botero, sur Galeani- Napione qui disait spirituellement « Le machiavélisme a est antérieur à Machiavel », sur Mably, Millot, etc., etc.; et, d'une autre part, sur je ne sais combien d'esprits rampants et envieux : car, je le répète, Machiavel a excité l'attention de tout ce qui avait de l'élévation et de l'hypocrisie , de l'ame et de l'oi^eil ; de tout ce qui pensait fortement , et de tout ce qui voulait paraître penser ; il a préoccupé pendant trois siècles les esprits réfléchis et les esprits téméraires, les moralistes et les pédants, les cœurs religieux et les impies.

Je me sais enfin quelque gré , et j'ai la faiiblesse de l'avouer, de n'avoir pas oublié mon impartiaUté et mes impressions premières, en citant le rien que de V or pur du grand Jean de Millier, que les Allemands placent avec raison au premier rang de leurs puhlicistes et de leurs historiens.

Actuellement aura-t-on pu se refuser à reconnais tre qu'un homme qui a £ait tant de. bruit, qu'un homme qui a tant écrit, tant enseigné, tant proclamé de vérités et de paradoxes, qui a formé tant de disciples, qui a jeté dans la société tant de bonnes et tant de mauvaises semences, qu'un tel homme a. du être examiné avec gravité ; qu'il ne fallait plus, sur la parole de juges ou de rivaux partiaux et intéressés, prendre sitôt son nom en mauvaise part; qu'il y avait lieu à

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