CHAPITRE XXX
fiUe, une femme, un prêtre , pouvaient aller au théâtre.
Tai remarqué que Machiavel ne répète pas une ignoble injure que Plaute lance contre les Marseillais de son temps. Plaute appuie fortement sur la situation déshonnéte de la fable comique; Machiavel dit une fois ce dont il s'agit , et s'arrête.
Dans les expressions d'amour qu'échangent les personnages si nombreux qui ressentent une vive passion, Plaute, avec ses corciUunij ses melliculumy ses verculumy l'emporte de beaucoup sur \es<inima mia et les ben mio de l'auteur italien.
Ce qui est à observer encore dans ce dernier, c'est avec quelle délicatesse les entrées sont raisonnées , les caractères soutenus, les expUcations adaptées à l'éducation présumée de chaque personnage. Chez Plaute, tout est peut-être trop Plaute lui-même: femmes, vieillards, esclaves des deux sexes, tous ont à peu près la même allure, la même science, la même instruction , le même mode de dialogue vif et concis.
Le succès qu'obtint nécessairement la Clizia, enga- 1520. gagea Machiavel à traduire sans changements l'^/idrienne de Térence. Certainement la langue itahenne se prête volontiers à retracer rapidement le langage latin, et Machiavel n'a pas laissé perdre à sa langue maternelle un avantage aussi marqué; il y a réussi tant qu'il a pu. Cependant , gaudebam qui s'arrête si court, et qui exprime si positivement et si vite un sentiment de joie, et rien autre qu'un sentiment de joie , se retrouve mort et noyé dans ces mots a Di che io mi rallegravo » , qui sont sans ame et traînants. Le fameux ne quid nimis n'est plus dans non segiure cosa alcuna. Il a été bien inspiré en français celui qui le premier a dit nettement, pour traduire cette sentence de Térence, rien de trop. Mais n'en prenons
aucun sentiment d'orgueil national; ces bonnes rencontres sont rares pour le français.
Térence dit :
Hoc tempore
Obsequium amicos, veritas odium parit.
Il n'y a pas une lettre, une seule lettre à ôter de ce vers et demi; rien de plus clair, de plus précis, de plus vrai que ces sept mots sans aucun bagage inutile. Machiavel dit: Perche in questo tempo ^chi sa ire à versij acquis ta amici^ e chi dice il verOj acquis ta odio. Dix-huit mots pour sept. Puis un second gaudebam est encore représenté par les cinq mêmes mots ci-dessus cités. Dans un autre passage, il a été plus heureux, ou probablement plus attentif :/?/acittï, dispondi ont un équivalent excellent dans piacque mi^ promis igli; mais Beasti ne vaut -il pas mieux que tu m'hai tutto rallegrato ?
Davos sum^ non OEdipus. Machiavel traduit OÈdipus par profeta : il n'y a pas fait attention ; il s'agit de deviner. Un Œdipe devine, un prophète prédit.
Le mot forum ^ qui revient très-souvent, est toujours traduit par le mot mercato. On a voulu, à ce sujet, faire un reproche à Machiavel; mais il avait raison. Encore aujourd'hui, dans les îles Ioniennes, le marché est appelé Forum. Laborat e dolore n'a pas été bien entendu quand on a traduit ainsi : muore di-do^ lore : laborat veut dire absolument ici , est en travail d^enfant. Ceci ne peut être qu'une inadvertance, car la servante Mysis s'écrie plus bas: obstetricem accerso^et le traducteur dit très-bien, « io vo a chiamare la leva-^ tricey>. Enfin, Dave, après avoir cherché un moyen de tirer son maître de tant d'embarras, grommelle en s'en allant : Atjam ! ce qui n'est pas absolument Vho trovato.
Le traducteur ne laisse pas ignorer que la scène se