‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 30 sur 274 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

passe à Athènes, et il ne pouvait faire autrement, puisque Térence l'a dit ainsi ^ alors il a tort de tra*** duire ara par voie. Il y avait sur le théâtre même un autel consacré à Apollon^ In cruciatum nest pas al Bargello. Je finirai en disant que sjcophante est bien autrement énergique que spione '• Tout cela vient de ce que Machiavel 9 comme je le dirai encore, n'a pas corrigé et fait imprimer lui-même ses ouvrages. Toutes ces misères auraient disparu s'il avait pu prendre ce soin. Maintenant il est temps de dire qu'avec ces légers dé&uts , cette traduction est exacte et fidèle. L'inter* locution a la même rapidité que dans l'original , et tellement, que parfois deux personnages s'interrompent dans Machiavel pour dire à eux deux ce qu'un seul a dit dans Térence; mais il n'en résulte pas de confusion, et il est naturel d'observer aussi que peut-être ces fautes n'appartiennent pas à l'auteur Florentin.

Machiavel a laissé encore une comédie en prose qui n'a pas de titre. Je ne me permettrai pas de lui en donner un, comme a fait M. Périès, qui veut que cette pièce s'appelle Frère jilberigo, du nom d'un religieux, l'un des principaux personnages. Il suit en cela l'exemple des éditeurs de Londres, qui l'ont intitulée a // Frate ». Il me paraît inutile d'ajouter à l'intention de l'auteur, et de lui faire dire que le principal personnage est cet odieux moine qu'il introduit dans sa pièce. On pourrait tout aussi bien l'intituler Marguerite y du nom de l'impudique servante qui

( La répnblïque d'Athènes ayait défendu de transporter des figoes et des figoiers hors de FAttique , sans payei: certains droits. Cenx qui dénonçaient quiconque avait désobéi à cette loi de la république, étalent ip^éssjrcophantes on dénonceurs de figues , des mots grecs aÙKO'i ^ ficus , et (foUtù , indico. Par synecdoque , le mot de sjcophante était donné à tout calomniateur , et k tout dénonciateur public ou caché.

6o MACHIAVEL.

mène toute cette intrigue, à laquelle elle associe le moine qui ne pensait à rien.

Voici le sujet :

Un frère Albéric, non moins abominable que le frère Tymothèe de la Mandragore, attiré par la servante Marguerite, séduit la maîtresse de cette infâme. On ne pourrait pas jouer cette pièce dans les habitudes actuelles de tous les théâtres de l'Europe; elle est semée d'ailleurs de plaisanteries assaisonnées de sel florentin, et quelquefois dans un style de patois trèspiquant. Il ne serait pas difficile d'y trouver des indications du caractère de Tartufe. Cette comédie est encore conduite avec le même talent que la Mandra-gore et la Clizia. Où Machiavel avait-il trouvé ces secrets de l'entente de la scène, si justifiée, et, l'on peut dire, si savante? Ce n'est pas dans les comédies des anciens, pour la plupart, déparées par tant de dénoùments déraisonnables. Il faut reconnaître ici Machiavel comme inventeur : il était donc réservé à ce génie si fécond, de n'être jamais médiocre dans ses compositions , même les moins analogues à ses études habituelles.

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