‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 4 sur 274 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

tromperai jamais en la dëfendaDt et en m avançant contre ceux qui| trop présomptueusement , veulent la dépouiller de son honneur. J*ai fait ce raisonnement à cause de la dispute née, dans ces derniers jours, sur la question de savoir si la langue dans laquelle ont écrit nos poètes et nos savants florentins , est florentine , toscane ou italienne. Dans cette dispute, j*ai remarqué que plusieurs personnes moins déshonnétes veulent que la langue soit toscane , quelques autres, très-déshonnêtes , lappellent italienne, et quelquesunes soutiennent quelle doit absolument être appelée florentine. Chacun s*est efforcé de défendre en règle son opinion ; mab la question restant indécise , il ma paru , cUms ce loisir (V automne^ y que je devais écrire largement ce que je pense, pour terminer la question, ou pour donner à diacun matière à une plus grande dispute. »

L'auteur établit que pour savoir de quel idiome se sont servis les auteurs célèbres dans cette langue moderne, parmi lesquels la première place appartient sans contredit au Dante, à Pétrarque et à Boccace, il est nécessaire de les mettre tous trois d*un côté, et de placer de l'autre côté toute Fltalie : car c'est à cette province, à cause de ces trois auteurs, que tout autre pays le cède, puisque la langue espagnole, la langue française et la langue allemande ont en cela moins de prétentions que la lombarde. Il divise ensuite Htalie en Lombardie, Romagne, Toscane, terre de Rome, et royaume de Naples. On ne sait pas précisément s'il classe Venise avec la Romagne ou avec la Lombardie, comme l'a décidé la politique de l'Europe, il y a dixhuit ans. 11 remarque la différence de langage de tous ces pays, puis il fait intervenir Boccace, Pétrarque et le Dante. Il résulte de ses recherches que Bocoiçe a

* Hélas ! pour Fancien socrétaire , ai cmellemeiit repoonc , toates las saisons étaient des saisons de loisir.

dit, dans ses Nouvelles, qu'il écrivait en florentin vulgaire. Pétrarque ne dit rien, nulle part, sur la langue dans laquelle il s'exprime. Le Dante dit qu'il n'a pas écrit en florentin, mais en langue curiale.

Machiavel ne s'arrête pas au témoignage de Boccace qui lui est favorable , ni à celui de Pétrarque qui est neutre, il tourne toute sa colère contre Alighiéri. Il désire que le Dante revienne au monde , qu'il puisse connaître que le mal prédit, dans ses vers, à Florence n'est pas arrivé , et que la fortune l'a conduite à un tel bonheur, et à une telle tranquillité, que si le poète revoyait sa ville, alors ou il s'accuserait lui-même, ou frappé des coups de son envie naturelle, il voudrait, se trouvant ressuscité, mourir de nouveau.

Dans la disposition où nous avons vu Machiavel pendant ces dernières années, ne pourrait -on pas croire qu'il y a ici quelque sentiment d'ironie ? Mais le ton du raisonneur devient ensuite si violent, qu'il n'est pas possible de supposer long -temps qu'il ne parle pas sérieusement. Il entreprend de prouver que le Dante n'a employé que la langue florentine. Les langues, suivant l'auteur, dans le commencement s'enrichissent et deviennent plus belles parce qu'elles sont plus abondantes; mais il est bien vrai qu'avec le temps qui apporte aussi tant de belles expressions , elles s'abâtardissent : cela n'arrive d'ailleurs qu'après beaucoup d'années, et l'on ne s'en aperçoit que lorsqu'elles sont tombées dans l'extrême barbarie. L'écrivain s'échauffe dans la dispute , et ne considérant pas ce qu'il eût pu faire lui-même, si le gouvernement de sa patrie l'avait condanmé à être brûlé ', il appelle le Dante en personne

* Voyes la Fie du Dante^ tndact. de VEnîetf Paris i8a8 , in-3a , tome I*', P«gei8.

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