CHAPITRE XXXIII
publique la gr&ce de comprendre 1 état Florentin dans une seule province ecclésiastique , et de le séparer du reste de la Toscane. S'ils accordent cette faveur, et nous croyons qu*ils raccorderont de toute maniè|*e , ils feront une chose agréable à notre ville. Elle est digne de Fobtenir par ses mérites anciens et présents envers leur ordre. Il en résultera que les couvents de notre domaine retourneront à Tantique zèle, et notre ville à l'ancienne charité, et qu'ainsi cesseront les causes de ces scandales qui naîtront si cette grâce n*est pas accordée. Avec toute Tefficacité dont tu seras capable, tu manifesteras notre désir à LL. RR.; tu leur présenteras en outre la lettre ci-jointe de Fillustrissime et révérendissime de Médicis, cardinal légat, et tu les prieras de sa part, comme il te Ta dit à toi-même en personne, de vouloir bien accorder cette demande. Nous ne pouvons pas croire que nos prières , Tamour de la religion , lautorité de monsignor le légat ne les déterminent : mais si la chose n obtient pas son effet, tu leur signifieras honnêtement que nous ne voulons pas abandonner cette entreprise, jusqua ce que d'une manière quelconque , ou que par quelque voie que ce soit, ils aient accompli notre désir'. »
A cette pièce était jointe, en forme de renseigne- 1521. menta^ une instruction de frère Hilarion, probablement Florentin, puisqu'il était attaché au cardinal légat, laquelle indiquait la natureprécise de la demande.
Si Machiavel devait rentrer dans les affaires publiques par une mission auprès d'une assemblée de moines, il ne pouvait pas désirer des instructions plus analogues à ses opinions connues; on aurait dit qu'il
I Cette pièce se terminait aind : « Donné à Florence dans le lien ordinaire de notre résidence, le i x mai iSai , les bnlt ma^strats dipratica de la ville de rlorenoe, signé Blicfteioiti» Ces boit magistrats éUpratica étaient les mêmes qne Machiavel avait proposé de détruire. Mais apparemment ils ne le savaient pas, on cela leur était fort indiffèrent , parce qne quand on n^obtenait pas une magistrature sous un nom , on en obtenait une sous un autre.
avait lui-même rédige les lettres de créance. Le censeur si sévère de deux religieux si coupables, pouvait, sans hypocrisie, accepter une pareille mission. Il suffisait de la remplir ^vec ces soins de convenances, de politesses, d'égards et de circonspection, qui ne manquaient jamais à Machiavel négociateur. Il trouvait aussi dans les instructions de frère Hilarion cette particularité : « Les hommes de bien de Florence désirent que les moines sentent une bonne odeur, et non pas une mauvaise, comme il est arrivé jusqu'ici. »
C'était au cardinal Jules de Médicis , que Machiavel était assurément redevable de ce retour de faveur. L'envoyé ne resta que peu de jours à Carpi^ et ne réussit pas à obtenir ce que désirait la république. Dans cet intervalle, comme si on se fut diverti à mettre Machiavel dans une fausse position, les consuls de l'art de la laine lui écrivirent et le prièrent de leur faire envoyer un bon prédicateur pour l'église métropolitaine de Florence. Il obtint ce qu'il désirait à cet égard. Ensuite, après de nouvelles et d'inutiles insistances pour emporter de haute lutte l'autre faveur , il annonça au cardinal Jules quel avait été le résultat de ses démarches. L'auteur n'avait pas oublié son style de secrétaire Florentin; il détaille avec le même esprit de netteté les premières visites, les arguments de ses discours, les réponses des pères de l'ordre. Tout ce qu'il dit est grave et mesuré.
Ces religieux connaissaient les obligations qu'ils avaient à la république et à la seigneurie révérendissime; ils voudraient, non-seulement en actions, mais encore en pensées, faire une chose agréable à l'une et à l'autre: ils savaient les bons motifs qui animaient tous les esprits; mais la chose était si importante, qu'il n'y en avait pas eu une plus importante depuis