‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 5 sur 274 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

à son tribunal , et pour éviter Fennuyeuse répétition <les il dit, et des il répondit, le grammairien philologue se place en quelque sorte devant Alighiéri, et l'interroge comme s'il était un criminel. Il lui demande ce qu'il a emprunté aux Lombards, aux Latins. Il le questionne d'une voix solennelle: « Qu'entends-tu par luie langue curiale? » Le Dante répond modestement et comme à voix basse , ce qui n'est ni probable , ni dans les habitudes du fier voyageur : ce C'est une langue parlée par les hommes de cour, du pape, du duc, etc. , parce que ces hommes étant plus lettrés, parlent mieux qu'on ne parle dans les pays ordinaires de lltalie. » Les reproches se succèdent ; les vers les plus défectueux du Dante sont remis sous ses yeux d'un ton accusateur. Du reste, ces chicanes assez mortifiantes semblent mal adressées à un personnage comme Fauteur de la Divine Comédie, qui n'eût pas répondu sans doute, dans un cas pareil, avec cette d^x)nnaireté, et qui aurait plutôt lapcé à celui qui le questionnait en prose de greffier, une de ces tirades en vers foudroyants qui lui étaient familières.

Enfin l'auteur conseille au Dante de lire une des 1518, comédies de FArioste (1 Suppositi)^ ouvrage assez piquant, mais où manque le sel florentin qu'il ne pouvait y Ésdre entrer, puisqu'il ne le connaissait pas. (Voilà un premier trait contre FArioste , en attendant ce qui a été promis dans Vjine d'or^.) Les invectives redoublent : le Dante, lui, le Dante est battu, il est vaincu, il avoue qu'il a écrit en florentin, et se retire désabusé. Cet ouvrage est un peu long. Il règne en quelques passages un air de suprématie pédagogique

> Ne trooToiis-iioiM ptB ici k raîton pour bqoeUe rArioste, dins ses éditions sobséqnentes , n*a pas oilé le poète MachiaTel qui refusait le sel florentin aux SuppotUi ?

lo MACHIAVEL.

que l'on rencontre peu dans Machiavel : aussi Apos* tolo Zeno a pensé que cet écrit n'était pas son ouvrage. Mais on s'accorde cependant généralement à croire que Machiavel en est l'auteur, parce que Bernard Machiavel, fils de Nicolas, a déclaré se souvenir d'a*voir entendu son père parler souvent de ce dialogue, et le lui avoir vu entre les mains. En définitive, on doit regretter, si Machiavel est bien celui qui a composé ce DiscorsOf qu'il n'ait pas fait comparaître devant lui un Dante fait à sa taille, un Dante de la force du juge. Puisque Machiavel était poète, et que, même dans ses poésies, le ton brusque, satirique et frondeur dominait souvent, il pouvait se faire répondre par le Dante quelques beaux et nobles arguments en vers irrités et terribles; puis l'entretien devenant plus civil de part et d'autre, on aurait vu sans peine le Dante avouer qu'on ne l'avait pas compris, et qu'il avait entendu écrire en florentin. La gloire de la langue florentine ainsi entendue n'en eût été que plus brillante. Je partage du reste sur ce point, et entièrement, l'opinion de Machiavel: les trois auteurs indiqués, qu'ils l'aient dit ou qu'ils ne l'aient pas dit, ont écrit uniquement dans une langue qu'il faut appeler Florentine.

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