‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 42 sur 274 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

de V ambassadeur de Florence auprès des frères mU neurs. Il dit qu'il raconte mille histoires à son hôte Messer Gismondo. Il y mange pour six chiens et trois loups, et il espère lui rendre la même politesse, si jamais il vient à Florence.

Il parait donc certain qu'à cette époque , le cardinal Jules, protecteur de Machiavel, l'avait déjà prié de s'occuper des histoires florentines. Guicciardini lui ayant parlé de cette commission pour écrire des annales, son ami lui répond ainsi (et cette partie de sa lettre explique positivement une circonstance qui auparavant n'était pas bien connue) :

«Quant aux histoires et à la république des sandales^ je 1521 ne crois pas que pour être venu ici , j*aîe rien perdu. J'ai pria connaîssanee de beaucoup de leurs constitutions et de leurs règlements , qui ont du bon , de manière que je m en servirai, qvand cela sera convenable, particulièrement pour les comparaisons. Là où j^aurai à parler du silence, je dirai, ils étaient plus tranquilles que des moines quand ils mangent, et ainsi je pourrai ^ à ce propos, amener mille autres choses que ma apprises cette expérience. ■

- Du reste, ces histoires y depuis si long-temps commandées, ne furent cependant bien mises sur le métier que deux ans après.

La négociation, comme nous avons dit, ne réussit pas, et ne pouvait pas réussir. Les frères mineurs, même en chapitre, n'avaient pas le pouvoir de prendre une telle détermination : ils la pouvaient proposer à la cour de Rome, et c'était à cette autorité à décider! Et puis, comment les frères mineurs auraient-ils appuyé une demande dont le but était de faire cesseimille scandales qu'il fallait alors avouer, et qui étaient indiqués dans la réclamation politique de la république? Une province de religieux comprend souvent

des pays immenses. L'état florentin seul, sansPise, sans le Siennois, était trop petit pour devenir une province. La France tout entière n'était autrefois qu'une province ecclésiastique de divers ordres religieux.

Il importait peu à la gloire de Machiavel que la mission réussît ou non. Ce qui était nécessaire pour son bonheur, c'est que le gouvernement parut lui avoir rendu quelque confiance; c'est qu'il reçût de nouveau une dépêche où il retrouvât ces mots qui avaient si long-temps et si agréablement frappé ses yeux: « Nicolas , tu vas partir, etc. » Revenu à Florence, il reprit son commerce d'amitié avec ses nobles amis, et surtout avec François Vettori, que nous savons être encore vivant, car il en parle encore dans ses lettres à Guicciardini. Mais Nicolas devait cependant éprouver un vif chagrin. Le 27 novembre de cette même année, Marcel di Virgilio (Adriani), son maître en littérature et en politique, succomba à une longue maladie. On a cru pouvoir prétendre que Marcel fournissait à Machiavel des passages latins sur lesquels il travaillait; mais cette calomnie ne trouve pas la même crédulité que du temps de Paul Jove. Ainsi que toutes les personnes qui ont appris une langue, Machiavel a su d'abord le latin comme un écolier, mais il a fini par se perfectionner dans cette étude, et l'on n'en peut douter en lisant les Discorsi, ses emprunts à Plante, et surtout ses traductions de Térence, quoi- ^'on ait pu y remarquer quelques sens qui n'ont pas été saisis avec toute la fidélité désirable.

La mort de Marcel di Virgilio, ce maître si bienveillant, cet ami si fidèle, ce premier auteur de la fortune de Machiavel , n'était pas le seul coup qui devait le frapper : le pontife, qu'il avait lieu de croire ra-

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