‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 43 sur 274 · CHAPITRE XXXllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXllI

mené à des idées d'affection et à des dispositions favorables, mourut .à cette époque.

Léon X était parvenu au pontificat à l'âge de trentesept ans. Toute la chrétienté avait ressenti une grande joie de cette élection : on se persuadait qu'il serait un pape d'une grande renommée, à cause de l'immense réputation de son père, Laurent-le-Magnifique ; on ne parlait déjà dans l'Italie que de la libéralité du cardinal Jean de Médicis, et de sa noble bienfaisance; on honorait ses mœurs pures et irréprochables, et qui se sont maintenues telles, malgré les accusations de Paul Jove; on espérait que ce pontife protégerait les lettres et les hommes savants. Son exaltation avait eu lieu sans simonie', un vendredi*, jour qui, suivant ce qu'il disait, avait toujours été heureux pour lui. Dès les premiers moments de son règne, il avait commencé par envoyer des assurances d'amitié au gonfalonier Soderini, exilé à Raguse. Cet acte de magnanimité avait donné la plus haute idée du caractère généreux du pape. Enfin , il n'avait pas oublié de se faire beaucoup d'amis par une grande promotion de cardinaux : il en préconisa jusqu'à trente-un à la fois ^.

Bientôt Léon X alla à Bologne pour y recevoir le roi François r*", avec lequel il signa le concordat qui fut aboli en 1801. On remarqua que le pontife eut la générosité de laisser alors à Rome, revêtu du

' Gaidurdio , tom. Ut, pag. 55.

s Nardi, édît. de i634, pag. 971.

^ En 1 37 7, sooa Nicolas UI , il n*y avait qae sept cardinaux ; sons Jean XXU en i33o, il y en avait vingt. An concile de Constance, il s*en trouvait trentequatre. Léon X en ajouta trente-un, ce qui porta le nombre à soixante-cinq. Paul rV, en e556, en ajouta cinq, et Sixte V, en i586, considérant que le nombre de soixante-dix était ceini des sejùores du peuple d*Israël , et des disciples de J.-C, ordonna que ce nombre ne changerait plus à l'avenir, et il est resté ainsi jusqu'à présent fixé k soixante-dix.

titre de légat, le cardinal Soderini, évêque de Volterre, sous les ordres duquel nous avons vu que Machiavel a été employé.

La passion de Léon X pour les lettres ne tarda pas à porter ses fruits. Déjà depuis long-temps il avait été promu à la pourpre, lorsqu'au milieu des malheurs de Pierre son frère , il avait eu le courage de déposer les insignes de cardinal, et de se rendre en Allemagne , vêtu en habits de marchand. Là , il s'était trouvé comme témoin lorsqu'on avait découvert, pour la première fois , une grande partie des Annales de Tacite *. Monté sur la chaire de saint Pierre, il s'en souvint, et il obtint qu'on lui envoyât ces Annales, dont il fit faire à Rome une édition élégante. On se réjouissait, dans cette ville, d'être passé de la sévérité et de la gravité de Jules à la douceur et à la facilité de Léon *.

Écoutons un instant M. Roscoë, écrivain protestant, et qui ne peut être suspect :

« Le pontificat de Léon X est célëbrë dans les annales de réglise romaine comme une de ses époques les plus heureuses. Au moment où il occupa la chaire de saint Pierre , les malheurs de Fltalie étaient au comble , ce pays ayant été le théâtre d*une guerre dans laquelle tous ses gouvernements s'étaient trouvés engagés , et qui était encore plus funeste par les dévastations des Français , des Suisses et des troupes d'Espagne. Un concile qui avait été établi à Pise par Tautorité du roi de France , traversait les mesures , et quelquefois même affectait de méconnaître l'autorité du saint-siége; et indépendamment de toutes ces calamités, l'Italie était sans cesse tourmentée par la crainte des Turcs qui

r Discorsi di Borgkini, i584, première partie , page ai i . X Dépêche du comte de Carpi, ambaMadeur de MaximiUen près le aaintsiége, insérée dans les leHres de Louis XII , tom. IV, pag. 79.

Page 1