‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 44 sur 274 · CHAPITRE XXXllI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXllI

menaçaient, à tout moment, de faire une descente sur ses cotes. La modération et la prudence de Léon surmontèrent les difficultés qui s'offrirent à lui, et pendant toute la durée de son pontificat, les terres de FÉglise jouirent de plus de tranquillité quaucun autre état de Fltalie. Au milieu des sanglantes querelles qui divisèrent deux puissants monarques , Charles-Quint et François V^ , il se distingua par sa vigilance , par sa sagesse et par sa politique habile '. »

Robertson déclare aussi que Léon X fiit le seul prince qui observa avec une sage circonspection les démarches, les vues, les prétentions des deux monarques rivaux, et qui montra la plus généreuse sollicitude pour la tranquillité de l'Europe *. Malheureusement une partie de l'éclat de cette gloire fut ternie par des fautes et des imprudences subalternes : de tous côtés on dénonça la vente des indulgences et des dispenses ecclésiastiques. Ces rumeurs éveillèrent l'audacieux dissident qui, sous la robe de l'ordre des Augustins , avait vu avec dépit que le soin de délivrer les indulgences eut été remis à des Dominicains. On eut beau répandre que les produits de ces dons à l'Église serviraient à l'achèvement de la basilique de Saint-Pierre, ce temple qui appartient à la chrétienté tout entière, il ne fut peut-être pas assez prouvé, à de si grandes distances, qu'ils avaient eu constamment cette destination.

Quoi qu'il en soit, s'il est à déplorer que de telles divisions aient produit la scission qui a éloigné du père de tous , tant d'enfants élevés dans la même croyance, U n'est pas hors de propos de dire qu'il y eut plus tard d'illustres protestants qui, tout à travers leurs ac-

( Rotcoë, Fie de Laurent de MédiciSf traduction de M. Tharot, 1799» iu-S**, tom. U , pag. 347.

> RobertMHi , tiisL o/CarL V^ book I.

cusationS) manifestèrent de sages regrets. Leibnitz, cet homme si extraordinaire, l'un de ceux qui comme Machiavel ont le plus honoré l'intelligence humaine, Leibnitz qui a mérité l'admiration de l'Europe par la singulière variété de ses travaux , amené dans une de ses lettres à donner un avis sur ces mémorables événements, s'exprime ainsi (n'oublions pas que c'est un protestant qui parle après la réformation) :

« Il en résulta que ceux qui demandaient trop d'avantages, perdirent les avantages qui étaient justes et que le christianisme avait intérêt quils conservassent eux-mêmes '. »

Le même Leibnitz va plus loin :

« Puisque Dieu est le dieu de Tordre , et que le corps de TEglise une, catholique et apostolique, sous un gouvernement qui soit un y et avec une hiérarchie qui comprenne tous les membres, est de droit divin, il est conséquent quil y ait aussi, en vertu du même droit, dans le même corps, un souverain magistrat spirituel, se contenant dans de justes bornes (j'ajoute maintenant ces paroles), pourvu d'une puissance directrice, et de la faculté de faire tout ce qui est nécessaire pour remplir sa charge dans l'intérêt du salut de l'Église *. »

Je ne cite encore là qu'une autorité protestante, mais quelle puissante autorité ! Si le glorieux pontife pouvait revenir parmi nous, et lire ces paroles, il en tressaillirait de bonheur et de joie.

Mais au milieu de ces querelles et de ces douleurs, Léon X n'oubliait pas qu'on attendait de lui qu'il se montrât le protecteur déclaré des arts et des sciences, et il accomplit, avec toute la splendeur et toute la magnificence de son haut caractère, cette mission que

> Préface do Codex jurU gentium diplomaticus. HanoTre, 1693, in-ft^. ' Œuvres de Leibnitz , tom. Y, pag. aaS, ep. 8, ad Fabricium,

Page 1