CHAPITRE XXXIV
Je ne sais quelle en est la raison, car les mémoires du temps sur Machiavel, ainsi que ses lettres, ne laissent rien de positif à ce sujet, mais il est permis de croire que dans les premiers moments, la situation de sar tis£action et de bonheur où l'avaient mis la dernière marque de confiance de son gouvernement, et la correspondance de Guicciardini, qui avait flatté la vanité de l'envoyé et amusé ses loisirs à Carpi, a pu se soutenir à son retour à Florence. Il avait rempli récemment des fonctions politiques, il pouvait espérer un autre emploi. On s'accorde à reporter à cette époque la composition de Belphégor. Dans ce conte, je ne vois rien de l'amertume qui a dicté les Decennali, plusieurs comédies, et des prologues de comédies.
11 n'y a aucime malédiction contre la fortune; c'est un conte éminemment spirituel et plaisant : on y trouve bien une foule d'indications malicieuses , mais sans cynisme. Je passe sous silence quelques petites attaques contre les moines, mais plus ménagées que dans les autres ouvrages, où l'auteur semble s'être proposé de leur faire ime guerre plus déclarée. Ces attaques modérées me paraissent aussi un argument pour étabUr plus fortement la vraie date de cette composition, dont le fond, du reste, comme nous le . dirons, a été emprunté aux Orientaux; mais Machia-
g^ MACHIAVEL.
vel Ta notablement embelli. Dans ce conte -modèle, Tintérêt est suspendu jusqu'au dernier moment, et le trait final se trouverait avoir été réservé avec un art exquis, si malheureusement l'auteur n'eût pas dit dans le commencement que des démons, amenés de l'enfer par Rodéric de Castille, aimèrent mieux y retourner sur-le-champ, que de vivre dans ce monde sous le despotisme de Monna Honesta; et à ce petit avertissement près , qui annonce trop tôt que Rodéric pourra bien prendre le même parti, on ne saurait trop louer la marche gaie, animée et morale de ce conte.
Le ton de Boccace, sa grâce, sa simplicité, l'érudition de voyageur qu'on devait rencontrer dans Nicolas, ses souvenirs de France, se retrouvent dans cet ouvrage.
On a dit que Machiavel avait fait, dans cette histoire, une allusion à sa femme qui le rendait malheureux ; mais cette supposition est dépourvue de toute vraisemblance : rien ne prouve qu'il ait vécu avec elle en mauvaise intelligence. Les préceptes sur le mariage que nous avons lus dans la comédie en cinq actes, en vers, si nous ne connaissions pas le caractère ferme et décidé de Machiavel , nous montrent assez qu'il prétend conserver la dignité d'époux. Ce ne sont pas ces époux-là qu'une femme rend malheureux, et qui se plaignent par des voies détournées. S'il y a, dans ses ouvrages, quelque chose qui ait trait à ses idées sur les intérêts domestiques, sous ce rapport je ne balance pas à penser que ce sont les vef s mis dans la bouche de Chrêmes qu'il faut lire, pour savoir comment Machiavel entendait qu'il fallait être époux et père. Nous avons bien vu, grâces à des investigations peut-être exagérées, et qui ont renversé cette muraille derrière laquelle une vie privée doit être à l'abri