‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 49 sur 274 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Faut-il attribuer ce que va éprouver Machiavel, au retour d'une fortune plus favorable, qui aurait émoussé quelque chose de ce courage avec lequel il avait cherché à supporter ses maux? Plus imprudent, négligea-t-il le soin de sa santé , quand il se crut plus heureux? Il est certain qu'en i5aa, elle commença à 1522. s'altérer : cependant il eut encore la force de composer l'instruction que lui avait demandée Raphaël Giro- "^ lami, lorsque, le 23 octobre, il fut envoyé, comme ambassadeur en Espagne, auprès de Charles-Quint. M. Guiraudet dit à tort qu'il fut ambassadeur du roi d'Espagne auprès de l'empereur : Charles était à-la-fois empereur et roi; il ne se serait pas envoyé des ambassadeurs à lui-même. Et comment le probe, l'austère poU tique Machiavel, aurait-il donné des instructions à un Espagnol? Et quel serait l'Espagnol qui aurait demandé des instructions et des conseils même au secrétaire Florentin ? Ce petit écrit , qui n'a que peu de pages, est d'un tel intérêt que je veux ici le présenter tout entier. Il ne saurait être trop médité par nos jeunes élèves en diplomatie , et même par ceux qui ont le plus étudié cette carrière si épineuse.

Machiavel s'exprime ainsi :

« Honorable Raphaël, les ambassades sont, dans un gouyerneroent, les emplois qui font le plus d'honneur à un citoyen , //. 7

et Ton ne peut appeler apte aux affaires d'état, celui qui n est pas apte à soutenir ce grade. Vous allez actuellement en Espagne, avec la qualité d ambassadeur ; c'est un pays qui vous est inconnu, et où vous ne trouverez ni les usages, ni les coutumes de l'Italie. 11 se joint à cela que ceci est votre première mission , de manière que si Vépreuve est bonne , ce que tout le monde croit et espère, vous en retirerez un singulier honneur, et un honneur d'autant plus assuré, que les difficultés auront été plus grandes. »

« Tout homme qui est vertueux sait exécuter fidèlement une cofnmission : mais il n'est pas aisé de l'exécuter suffisamment bien. Il l'exécute suffisamment bien celui qui connaît le caractère du souverain, et de ceux qui le gouvernent, et qui sait s'accommoder à tout ce qui rend plus facile et plus ouvert le chemin par lequel on arrive à se faire écouter , de sorte que toute entreprise difficile, si on a l'oreille du souverain, devient facile. »

« Un ambassadeur doit surtout s'ingénier à acquérir de la réputation : on en acquiert en se montrant homme de bien, en se faisant connaître comme généreux et vrai, et non comme avare et faux, surtout en ne passant pas pour un homme qui croit une chose, et qui en dit une autre. Cette circonstance importe beaucoup, parce que je connais des hommes qui pour avoir été sagaces, mais doubles, ont perdu la bienveillance du souverain , de telle manière qu'ils n'ont jamais pu ensuite négocier avec lui. Quoique, parfois, il soit nécessaire de cacher quelque chose avec des paroles, il iaut le faire de façon que cela ne paraisse pas, ou que si on est découvert, la défense soit préparée et soudaine. Alexandre Nasi reçut en France un grand honneur d'être tenu pour un homme vrai : quelques autres , pour avoir été le contraire, se sont vus exposés à une grande honte. Je crois que ce rôle d'homme vrai sera bien le vôtre, parce qu'il me paraît que la nature vous a fait ainsi. »

« Un ambassadeur tire encore un grand honneur des avis qu il expédie à celui qui Tenvoie. Ces avis sont de trois sortes : les choses que l'on traite; les choses qui ont été

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