CHAPITRE XXVII
Nous avons vu qu'en iSiy, Machiavel écrivait à 1518. Rome % que FArioste lui avait fait dans son Roland ce que lui, Machiavel, ne lui ferait pas sur son j4ne.
XI ert donc probable que lorsqu'il écrivait ainsi à Alamanni, il s'occupait déjà du poème que nous allons examiner maintenant.
On parle peu du-poéme de Vjdsino d'oro; il mérite cependant une mention toute particulière. M. Ginguené dit, dans son Histoire littéraire dltalie, qu'il donnera une opinion sur VJsino d^oro; mais il l'a oublié , et cet oubli n'a pas encore été réparé après lui. Ce poëme se compose de huit capitoli qui ont à peu près le même nombre de vers* \jd poète a choisi la mesure des terzine adoptées par le Dante pour la Divine Comédie^ et, dans plusieurs passages, il se montre imitateur exact du rhythme, du ton satirique de cet Alighiéri qu'il a précédemment traité avec tant de sévérité. Voici le commencement du premier ca^ pitolo :
« Je chanterai , si la fortime le pannet, les diverses aven- 1518. tures, la peine, les douleurs que j'éprouvai sous la forme d'un âne. Je ne demande pas qu'Héliôon répande une auu*e onde particulière, ni qu'Apollon dépose son arc et son car-
« Chap. XXVI, ptg. 4,
quois, et qu*ayec sa lyre il soutienne mes chants; d'abord, parce que pareille grâce ne s'obtient pas dans ces temps-ci , et puis, parce que je suis certain qu'il ne iaut pas qu'un luth accompagne le brcure. Je ne cherche à cela, ni prix, ni récompense, ni mérite: je me soucie peu d'être mordu par un détracteur caché ou découvert. Je sais combien la gratitude est sourde aux prières de chacun ; je sais aussi comment un âne se souvient des bienfaits. Je ne m'arrête pas aux morsures et aux bastonnades, comme je le faisais auparavant, puisque j'ai pris la nature de celui que je chante. Si j'étais forcé , plus qu'à l'ordinaire , à prouver ce que je vais dire , je dirais que le veut ainsi cet âne sous la peau duquel j'ai vécu. »
1518. * Sienne tout entière voulut un jour faire boire un âne à Fonte Branda^; il se mit dans la bouche, tout juste, une goutte d'eau. Mais si le ciel ne vomit pas contre moi de nouveaux malheurs, on entendra partout un braire y et tant pis pour qui sera auprès*! »
> CVst la fonuine dont parle le Dante , Infemo , caot. XXX. Cette fonuîne ^tait, dit-on, près d*one porte de la ville qui s'appelle tticote porte Fonte Branda. * I Tari casi, la pena e la doglia
Che floUo forma d'un asin sofTersi,
Canterô io, purchè ibrtona voglia.
IHon cerco ch*Elicona altr*acqua veni,
£ Febo posi Y arco e la faretra,
E con la lira accompagni i miel versi ; Si perché questa grazia non s* impetra,
In questi tempi, si perch'io son cerCo
Che al snon d*an ra^io non bisogna oetra : Ne cerco aveme prezzo, premio o merto,
£d anoor non mi cnro che mi morda
Un detrattore , o palese o coperto ; Ch' io so ben quanto gratitudo è sorda
A prieghr di dascun , e so ben quanto
De' bcnefizi un asin si ricorda.
M orsi o mazzate io non istimo lanto
Quant' io soleva, sendo divenuto
Délia natura di oolui ch'io canto.