‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 51 sur 274 · CHAPITRE XXXV. loi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV. loi

une lettre, prenant dans toute cette niasse d'avis ce qui était le plus raisonnable. »

« J*ai YU encore quelques hommes sages et expérimentés dans les ambassades , user de cette autre manière. Tous les deux mois, ils mettaient sous les yeux de leur gouvernement , la situation , le mouvement de la ville ou du royaume où ils étaient ambassadeurs. »

< Cette chose bien faite procure un grand honneur à celui qui écrit, et un grand avantage à celui qui reçoit : car enfin on peut, quand on a connu particulièrement les choses, se conseiller plus facilement que quand on ne les a pas connues. »

« Afin que vous compreniez bien cette recommandation , je vous Texpliquerai. »

« Vous arrivez en Espagne : vous exposez votre commission, votre office. Vous écrivez sur-le-champ; vous donnez connaissance de votre arrivée, de ce que vous avez exposé à TEmpereur, de sa réponse, en remettant à une autre fois, a écrire des circonstances du royaume, des qualités du souverain, car ce sera seulement, quand vous aurez résidé là quelque temps, que vous en aurez une connaissance particulière. Vous avez ensuite à observer avec toute votre habileté , les affaires de TEmpereur, et du royaume d'Espagne, et à en donner une information complète. Pour en venir à des recommandations particulières , je vous dirai que vous devez observer la nature de l'homme, voir s'il se gouverne, ou s'il se laisse gouverner; s'il est avare ou libéral ; s'il aime la guerre ou la paix ; s'il est ému par la gloire , ou par quelque autre passion; si les peuples l'aiment; s'il se tient plus volontiers en Espagne qu'en Flandre. Vous devez connaître queb personnages il a autour de lui pour le conseiller, quelles sont les dispositions de ces hommes, c'est-a-dire s'ils sont prêts à lui faire faire des entreprises nouvelles , ou à lui conseiller de jouir de la fortune présente; quelle est la force de leur autorité sur lui ; s'il les change ou s'il les garde ; si ces hommes peuvent être corrompus ; enfin si le souverain a quelque affinité avec le gouvernement du roi de France. »

< Il faut observer quels sont les seigneurs et les barons qui ont le plus de puissance , quelle est cette puissance ; comment ils sont contents du maître, comment ils pourraient nuire, s'ils étaient mécontents; si la France ne pourrait pas en corrompre quelques-uns : savoir encore ce qu'est son frère, comment il le traite, s'il est aimé, s'il est satisfait, s'il pourrait occasioner quelque scandale dans le royaume et dans les autres états. Il faut connaître le naturel de ces peuples ; si cette ligue qui a pris les armes est toutà-fait détruite, s'il y a lieu à penser qu'elle puisse renaître : si la France pourrait faire feu en dessous. Vous observerez encore quel but peut avoir l'Empereur, comment il entend les choses d'Italie, s'il a des vues sur la Lombardie, s'il est disposé à la laisser entre les mains des Sforzes, s'il aimerait à venir à Rome, et quand : quelles dispositions il a pour l'Église ; jusqu'à quel point il se fie au Pape , et se montre content de lui; s'il venait en Italie, quel bien ou quel mal les Florentins auraient à espérer ou à craindre. »

« Ces choses bien observées et bien rédigées vous feront un honneur très-grand. Non-seulement il est nécessaire de les écrire une fois, mais il convient de les rafraîchir tous les deux ou trois mois, en y ajoutant les événements nouveaux, avec une telle finesse qu'elles semblent dictées par la prudence et la nécessité, et non pas par la présomption. »

1522. Voilà certes un code complet de diplomatie pratique. L'ambassadeur qui se pénétrera bien de ces leçons, ne peut manquer d'être agréable et utile à sa cour. Cette recommandation surtout, d'envoyer de temps en temps un nouveau compte moral de l'état des choses, en fondant les événements nouveaux avec les anciens , a pour résultat d'abord d'empêcher un ambassadeur d'admettre inconsidérément des faits qu'il faudra répéter , et d'oublier les faits accomplis ; a pour résultat de le forcer, au moment où il se les rappelle, à les coordonner avec des faits plus ré-

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