‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 52 sur 274 · CHAPITRE XXXV. io · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV. io

cents, d'obvier à une foule d'inconséquences, d'incohérences malheureusement trop communes, qui discréditent un agent politique auprès de ses collègues à la cour où il est envoyé, et auprès de ces personnes habiles qui lisent attentivement ses dépêches, et qui ne peuvent se dispenser d'en remarquer les défauts, quand elles manquent de cette unité et de cet esprit de suite qui doit toujours accompagner l'œuvre d'un observateur réfléchi. Quand cet ambassadeur, par un système de sagesse, de netteté, s'est acquis l'estime de ces juges, il a le bonheur de les voir adopter ses maximes, ses opinions, quelquefois jusqu'à ses paroles. Les directeurs de la politique d'un pays, déjà remplis de confiance dans la sagacité et dans la bonne foi d'un correspondant si utile, retrouvant souvent les mêmes faits, qui semblent appeler les mêmes décisions, adressent des instructions dans le même sens. Cet ambassadeur, qui voit revenir à lui son travail, ses vues, l'esprit de ses dépêches, les traits principaux de ses avis, peut-être même l'accomplissement d'espérances qu'il n'a pas découragées, devient un homme considérable dans sa résidence. Là, le prince l'honore, les ministres le flattent, la société le recherche. Ces esprits délicats, curieux, avides de plaire, que Machiavel aimait si passionnément ; ces êtres gracieux qui sont un des plus nobles ornements de nos réunions, distinguent cet ambassadeur et lui sourient. Qui sait où s'arrête cette gloire ? De ce succès obtenu légitimement en servant bien sa patrie, à un commencement de confiance personnelle d'un souverain étranger, il n'y a qu'un pas. Cet ambassadeur entre alors plus avant dans les affaires d'un pays qui n'est pas le sien. Supposé sans intérêt direct à telle ou telle affaire, il peut être consulté, et certes il n'y a pas de bonheur

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politique à comparer à celui d'un homme qui , faisant faire bonne figure aux intérêts de sa nation , aux réclamations de ses voyageurs et de ses négociants nationaux, élève, agrandit encore l'état déjà si honorable d'ambassadeur, en obtenant (sans le demander et même en s'y refusant ) d'un souverain ou d'un premier ministre, si ce dernier est le souverain, quelque chose de la participation aux affaires du pays.

J'ai vu, dans le cours de mes missions, d'heureux négociateurs devenir de tels ambassadeurs, et nonseulement gouverner tout le corps diplomatique , mais être sollicité pour faire accorder des places et des honneurs. M. de Choiseul-Gouffier avait obtenu quelque chose d'un semblable crédit à Constantinople: mais rien n'a égalé celui du cardinal de Bernis, qui était déjà comme un autre souverain de Rome, et à qui de plus son propre gouvernement confiait, par des courriers exactement envoyés tous les mois, la connaissance du secret des affaires de toute l'Europe. De nos jours, au congrès de Vienne, M. de Talleyrand est parvenu à s'emparer d'un crédit de cette nature.

Qu'un jeune et même un vieux politique lise donc attentivement ce peu de lignes adressées à Girolami; qu'il suive avec scrupule la noble injonction d'être généreux et vrai; qu'il attire, sans entrer bassement dans leurs intrigues , ces hommes qui font métier de chercher à tout savoir, et qui définitivement savent beaucoup, l'un la naissance, l'autre le développement, un troisième le but, un quatrième le résultat d'une affaire; qu'il compose, delà réunion de ces demi faits, un tout qui offre un intérêt, et qui ait une consistance; qu'il soit attentif à donner pour recevoir, il exprimera le suc des moindres pensées des autres, et n'aura payé qu'en billon, mais dans une monnaie dont

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