CHAPITRE XXXV. io
on est satisfait; qu'il recueille, sur les qualités du prince, les déclarations de tant d'hommes qui parlent quelquefois sans être questionnés; qu'il soit exact à fournir les renseignements que sa cour doit attendre de lui pour régler sa conduite : qu'il fasse en sorte que la déférence de cette cour arrive à ce point, non pas de confiance aveugle, mais de respect, que ne manquent jamais d'inspirer des dépêches graves, assurées, patriotiques, rares, nuancées, à défaut d'affaires nationales, de divers intérêts locaux, et tout ce que Machiavel promet de succès à Girolami , sera obtenu par celui qui aura pratiqué de si admirables leçons ! Quel est l'homme politique, prononcé dans ses sentiments religieux, d'une probité sévère, d'une générosité de caractère semblable à celle du caractère de Sully, qui désavouerait de tels principes ? fl est bien entendu seulement que le jeu doit être un attrait, et non pas un vice ignoble. Machiavel l'a dit assez, en avançant que des hommes très-graves l'ont permis. Ce que permet un homme très-grave, ne peut jamais s'écarter d'un sentiment de convenance; et ces principes, pour en revenir aux conseils du maître, sont ceux de Machiavel ; c'est là le fond de son cœur; c'est le dernier secret de son talent; c'est le résumé de tant d'observations à Rome, en Lombardie, en France, et dans plusieurs résidences de voyage de l'empereur Maximilien ; c'est le résumé de ces repentirs, on dirait prophétiques, qui vous éclairent dans le malheur. Il n'y a pas là une seule parole qui offense la religion, l'honneur et la vertu. U n'y a ici rien à renvoyer au siècle des Borgia, des vils espionnages, des délations et des poisons : ce n'est pas Machiavel écrivant, comme il a bien fallu en convenir, entre la torture et la misère, quelques lignes hasardées, oubliées et répudiées mille fois dans ses
io6 MACHIAVEL.
autres écrits ; c'est Machiavel , âgé de cinquante-trois ans 9 apportant à un ami le tribut de sa longue expérience et de sa connaissance des hommes , des cours, et de l'infortune. Qu'il vienne après cela se vanter de cacher la vérité, qu'il parle à Guicciardini en fanfaron de mensonges : il a dit , en 1 5 1 5 , ce que bien des hommes, jetés subitement dans la disgrâce, auraient eu la faiblesse de dire comme lui, et, plus tard, sans recevoir de salaire, sans être animé d'aucun vil amour de gain , il n'a eu pour règle que les bases fondamentales de toute société qui ne veut pas périr, le bon sens et la droiture.
J'ai déjà fait connaître que la santé de Machiavel avait commencé à s'altérer. C'est à cette circonstance , sans doute , qu'il faut attribuer la pensée qu'il eut de composer un second testament. Quelques personnes ont imaginé qu'il n'avait agi ainsi, que parce qu'il était possible qu'il obtint une ambassade qui l'aurait tenu long-temps éloigné de Florence et de ses affaires; mais aucun historien ne parle de cette espérance, et il est plus naturel de croire qu'un état de maladie qui survint tout-à-coup, le décida à cette action toujours importante, et à laquelle on ne se porte pas sans réflexion. Nous avons vu aussi, dans la lettre écrite au cardinal Jules, et datée de Carpi, que cette course à cheval l'avait fatigué, et qu'il avait peut-être le courage, mais non plus la vigueur de ses premières années.
1 522. ^ second testament est daté du ay novembre 1 5aa ; alors il souscrivit l'acte dont nous allons rapporter les principales dispositions. 11 laisse à Mariette Corsini, son épouse chérie, une maison de campagne avec toutes les terres qui en dépendent, et les effets qui s'y trouveront à la mort du testateur; plus, une autre