‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 54 sur 274 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

maison à Fusage d'un métayer. Il lui laisse tous les effets de lin, de laine, les anneaux, et tout ce qui est à son usage. Ces clauses sont bien plus avantageuses que celles que nous avons vues dans le testament précédent: enfin, il déclare qu'il veut qu'elle continue d'occuper un appartement dans sa maison de ville ^ Sa fille Bartholomée reçoit un legs particulier. Les héritiers qu'il institue sont ses quatre fils , Bernard, Louis ^ Guido et Pierre, et tous les autres enfants mâles légitimes qui pourraient naître.

Mariette est chargée, comme curatrice, d'administrer tous leurs biens. On ne peut porter plus loin l'estime et la confiance. Trois amis sont nommés exécuteurs testamentaires. Il résulte de ces dispositions que la fortune de Machiavel avait dû singulièrement s'améliorer, car, d'après le testament, il possédait quatre maisons de campagne , une maison à Florence , des habitations éie facteur y des champs séparés , des vignes.

Depuis quelque temps, dans l'examen si attentif que nous faisons de sa vie , de ses douleurs et de ses plus secrètes pensées que nous surprenons dans ses lettres, nous remarquons qu'il commence à se plaindre moins: assurément, il n'avait plus à lutter contre ta misère. Léon X doit être placé au nombre de ses bienfaiteurs, et les Vettori, les Buondelmonti, les Rucellai, avaient aussi cherché à procurer de l'aisance à leur ami, et à le mettre en état d'acquérir les nouvelles propriétés dont il se déclare ici le possesseur. 11 n'y a que l'Angleterre qui offre généralement aujourd'hui

z M. Joseph Molini , qui a pris le soin de faire des recherches sur cette maison de YÎUe , 8*est assuré qu'elle était située rue des Guicciardini , et il y a fait placer rinscription suivante :

Casa 09e abito Niccoib Machêavelli , e nelia quale mort.

io8 MACHIAVEL.

de si nobles secours, des secours si directs aux grands hommes malheureux.

II ne parait pas déraisonnable d'assigner à cette époque la composition d'une pièce connue sous le titre de Discours moral. En tête est écrit : « De profundis clamai^iadtey Domine; Dominey exaudi vocem meam. » A Florence il y a encore, comme il y avait du temps de Machiavel , une grande quantité de confraternités ou de sociétés de personnes laïques qui s'assemblent pour des exercices de religion. Il est d'usage que parfois quelques - unes de ces personnes 1 522. fassent elles-mêmes une sorte de prédication : Machiavel fit donc cette allocution dans une de ces sociétés. Cet écrit respire une morale catholique très-pure; le style est très-correct et des bons temps de l'auteur. « L'homme, dit-il, est ingrat envers Dieu; par cette ingratitude, d'ange il devient diable, de seigneur, esclave, d'homme, béte. » L'auteur recommande ensuite la charité pour réprimer l'usure , pour détruire l'effet des infamies et des tromperies que l'homme fait à son prochain : il y a quelques passages où l'on retrouve à la rigueur quelques traits d'une érudition un peu maligne; plus bas, à la manière du Dante, il appelle Jésus-Christ notre empereur. En masse, ce discours peut être récité devant les personnes de la piété la plus rigoureuse.

Les funestes prévisions qui avaient déterminé Machiavel à souscrire ainsi un témoignage de ses dernières volontés, ne se réaliseront en aucune manière. Il parait que la santé, la gaîté, l'amour du travail, l'habitude des méditations, revinrent à la fois le réjouir et le consoler. Il n'avait plus le titre de secrétaire Florentin ; mais il n'était pas possible que cette haute réputation qu'il s'était acquise, ces gages d'estime.

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