‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 56 sur 274 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

lAoïx X, mort en i5ai, avait eu pour successeur Adrien V, mort en iSaS. Le cardinal Jules s'était mis sur les rangs pour succéder à Adrien. Le conclave avait duré cinquante jours. Il y était d'abord entré trentesix cardinaux, auxquels trois autres s'étaient joints quelque temps après. Les avis se partageaient en deux factions principales : les amis de l'empereur Charles- Quint, et ceux de François I*'. Par une combinaison assez rare, il arriva que le cardinal Pompée Colonne, ennemi du cardinal Jules, irrité d'un affront qu'il crut avoir reçu de son propre parti , alla offrir la tiare au cardinal Jules, qui prévint ses partisans, et fut ainsi nommé à l'unanimité, parce que cette défection entraîna celle des autres, qui ne voulurent pas ou ne purent rester seuls dans l'opposition. Au moment de son exaltation , il voulut garder le nom de Jules ; mais divers cardinaux lui ayant dit que les pontifes qui n'avaient pas changé de nom , étaient morts dans l'année de leur élection, il consentit à en changer, et prit celui de Clément VU '. On croit qu'il adopta ce nom parce qu'on approchait du jour de la fête de saint Clément, ou , parce qu'au moment même de l'élection , il avait formellement pardonné au cardinal de

> Goichardin, tom. HI, pag. 4a o.

lia MACHIAVEL.

Volterre, frère du gonfalonier Soderini, et qui presque jusqu'à la fin s'était obstiné à rejeter le cardinal Jules. Voici les termes dans lesquels Guicciardini parle de cet événement :

« On avait généralement une grande idée du nouveau pontife. Le retard de Téleclion , qui s'était prolongée au-delà du temps à peu près consacré jusque-là à cette opération, paraissait compensé par Télévation d'un personnage de haute autorité et d'un grand mérite , parce qu'il avait ainsi réuni à la puissance de l'autorité de Florence, la puissance très-étendue du saint-siége, parce que, du temps de Léon, il avait gouverné avec lui presque tout le pontificat, parce qu'il était réputé un homme grave , constant dans ses déterminations , et parce que, comme on lui avait attribué beaucoup d'actes qui procédaient de Léon , chacun voyait en lui de l'ambition, un esprit fier, inquiet, désireux de choses nouvelles; on ajoutait à ces suppositions qu'il était ennemi des plaisirs, assidu aux affaires : il n'y avait donc personne qui n'attendît de lui des actions très-hautes et très-extraordinaires \ »

Pour nous, il est déjà constant que le nouveau pontife aimait sincèrement Machiavel. Celui-ci devait donc se réjouir de l'élévation de son protecteur, et continuer avec courage la tâche honorable qu'il lui avait imposée.

Nicolas s'en occupa avec zèle pendant toute l'année i5a4, et toute autre préoccupation étrangère parait avoir cédé au désir d'achever cet ouvrage. 1D2D. £jj 1 525, les histoires Florentines furent terminées et envoyées à ce pontife. L'auteur rappelle, dans une dédicace, qu'avant d'être monté au pontificat , S. S. lui avait commis le soin d'écrire les choses faites par le peuple Florentin.

> Gnichardin, 177^» in-A"» tom. UI, pag. 4ao.

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