CHAPITRE XXXVI
clare la guerre aux Florentins, et gagne sur eux la bataille de Val-di Nievole : en même temps le roi Robert envoie , pour gouverner Florence , le comte d'Andria, dit le comte Novello; mais il résulta de la conduite de ce gouverneur, soit qu'il fut naturel aux Florentins que tout gouvernement leur déplût, ou que tout événement les divisât, que la ville, malgré la guerre qui subsistait encore avec Uguccione, se partagea en amis et en ennemis du roi Robert. Ici, la dignité sévère de l'historien ne ménage pas plus ses compatriotes qu'il n'a ménagé les premiers Médicis.
La passion de ceux qui se déclarèrent ennemis alla si loin, qu'ils envoyèrent chercher des secours en France et en Allemagne, afin de parvenir à chasser le comte, gouverneur pour le roi. La fortune voulut qu'ils ne pussent avoir ce secours. IJs cherchaient un homme à adorer, et ne pouvant le tirer ni de France ni d'Allemagne, ils le tirèrent de Gubbio, d'où ils firent venir Lando , à qui ils attribuèrent les fonctions d'exécuteur, ou de Barigely avec pleins pouvoirs sur la vie des citoyens. Cet homme rapace et cruel marchait à la tête d'une troupe armée, et il ôtait la vie à l'un et à l'autre, suivant l'ordre de ceux qui l'avaient élu. Il arriva à un tel point d'insolence, qu'il fit battre une fausse monnaie au coin de Florence, sans que personne osât s'opposer à cette indignité : les discordes de la ville avaient conduit cet infâme à tant d'élévation ! Qu'elle était grande et en même temps misérable cette cité, que ni le souvenir des discordes passées, ni la crainte qu'inspirait Uguccione, ni l'autorité d'un roi, ne pouvaient contenir! Elle était réduite à un état si déplorable , ravagée au dehors par Uguccione , et saccagée en dedans par Lando !
Il ne reçut d'autre punition que d'être renvoyé à
ii8 MACHIAVEL.
GuhhiOf plein de proies et de sang. La ville prorogea de trois ans la seigneurie du roi de Naples.
Alors on élut treize signori; mais ensuite on revint, comme auparavant , à Fancien nombre de sept.
En ce moment parait Castruccio : l'historien, qui n'est plus romancier, se contente de rapporter fidèlement ce que ce célèbre capitaine a fait d'éclatant. Une partie de la prédilection qu'il a éprouvée pour ce grand Lucquois, se fait un peu reconnaître, mais sans aucune affectation. Il n'obtient que le petit nombre de lignes qu'il pouvait espérer dans un résumé si rapide.
Florence, affaiblie par, les victoires de Castruccio, élit pour son seigneur le duc de Calabre. Celui-ci envoie, pour son vicaire, Gauthier de Brienne, duc d'Athènes. Gauthier prend possession delà ville et nomme les magistrats à son caprice. Néanmoins, ses actions sont honnêtes, et tellement contraires à son caractère qui fîit connu plus tard , que chacun l'affectionnait. Castruccio meurt à Pise (Machiavel ne rappelle pas même qu'il fut sénateur à Rome), et
« Comme il est rare que la fortune n'accompagne pas un bien et im mal par un autre bien et un autre mal , le duc de Calabre , seigneur de Florence, meurt aussi, afin que les Florentins, qui étaient loin d*en avoir la pensée, fussent en peu de temps délivrés de la seigneurie de Tun et de la crainte de Fautre. »
1525. Voilà de ces tournures de phrases où l'on reconnaît l'auteur qui a étudié Tacite.
Les Florentins profitent d'un moment de calme pour réordonner plus vigoureusement l'autorité du gouvernement. Un état de paix plus assuré amène la pensée de protéger les arts. Par le conseil de Giotto,