‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 60 sur 274 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

fameux peintre de ce temps j on bâtit la tour de Santa- Reparata.

Lucques vivait sous l'autorité de Mastino délia Scala, qui possédait aussi la ville de Parme. Cette dernière ville lui ayant été enlevée par les Vénitiens, il pense à vendre Lucques. Les compétiteurs, pour ce marché, étaient les Pisans et les Florentins. Ces derniers offrirent de meilleures conditions , et ils obtinrent la préférence. Ayant donné une partie de l'argent convenu et des otages , ils envoyèrent , pour prendre possession de leur achat, Naddo Rucellai, Jean, fils de Bernardin de Médicis, et Rosso^ fils de Ricciardo de Ricci. Cette négociation ne fut pas heureuse; après une longue guerre , Pise s'empara de Lucques.

A la suite de nouveaux troubles, résultats nécessaires d'un échec à la guerre, des mécontents élurent pour chef le même Gauthier de Brienne, qui déjà avait gouverné assez sagement la ville au nom du duc de Calabre. Des familles du peuple, chargées de dettes, se joignirent à ces mécontents , et voulurent se déUvrer, par la servitude de la patrie, de celle où les tenaient leurs créanciers. A peine élu, Gauthier désira se donner la réputation d'un homme juste et sévère , et il fit mourir ceux qui avaient été employés dans l'achat de Lucques, et , entre autres , Jean de Médicis. Bientôt il manifesta l'intention d'obtenir la seigneurie libre. Les signorij qu'il voulait déposséder, allèrent le trouver, et lui adressèrent un discours pour le détourner de ce dessein. C'est le premier discours qu'on lise dans les Istorie; il est tout-à-fait dans la forme et dans le ton des discours de Tite-Live.

« Vous cherchez à rendre esclave une ville qui a

toujours été libre, car la seigneurie que nous avons accordée au prince de Naples , fut une société et non uiîe servitude.

Avez-Yous considéré combien, dans une ville semblable, le nom de liberté peut importer et rester puissant? Ce nom, aucune force ne le dompte; aucun temps ne le consume; aucun mérite ne le balance. ... Il n y a aucune sécurité avec

la haine de tous »

« On ne sait d où peut naître le mal. Qui craint de tout homme, ne peut s assurer de personne. Quand nos pères ne nous rappelleraient pas la liberté, les palais publics , les résidences des magistrats , les enseignes des ordres libres la

rappellent Quelles œuvres , dans les vôtres , peuvent

être telles qu elles l'emportent sur la douceur de vivre libre, et qu elles éteignent dans les hommes le désir de la condition présente ! -

Ces paroles n'émurent pas le duc inflexible (mdurato ) ; il fit rédiger des règlements qui lui accordaient la seigneurie. Quand on les lut sur la place, et que le peuple entendit qu'elle lui était accordée pour un an, le peuple cria : A' vie; et, au milieu du tumulte, Gauthier fut créé seigneur à vie. Lorsque le bruit de cette élection fut répandu, il arriva beaucoup de Français : le nouveau seigneur leur donna les emplois de préférence, comme à des hommes en qui il pouvait plus se fier. Florence fut bientôt soumise, non-seulement aux Français, mais encore à leurs usages , à leurs habits. Les hommes et les femmes, sans avoir égard à la vie civile, et sans en ressentir aucune honte, imitaient ces étrangers. Mais ce qui irrita surtout, ce fut la violence que lui et les siens exerçaient sans aucun respect contre les femmes.

« Les citoyens étaient remplis d*indignation de voir la majesté de leur gouvernement ruinée, les institutions détruites, les lois annulées, toute manière de vivre corrompue , toute modestie civile éteinte. »

Cependant le duc voulait qu'on le crût aimé du

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