‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 61 sur 274 · CHAPITRE XXXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI

peuple. Mathieu de Morozzo lui ayant révélé que la famille de Médicis, par vengeance de la mort de Jean, avait conspiré contre lui ^ il ne chercha pas à connaître la conspiration, et il fit mourir le révélateur. Les Florentins , qui ne savaient ni conserver la liberté, ni tolérer la servitude, pensèrent à se révolter, et il se forma trois conspirations qui ne se communiquèrent pas leurs projets. La première était ourdie par des grands, la seconde par des popolanij la troisième par des hommes des arts. Les Médicis s'engagèrent dans la troisième. Le duc soupçonnant la gravité du mal, pensa à se défaire de ses ennemis; mais les trois conjurations se découvrirent Tune à l'autre, et convinrent de faire naître , le jour suivant , qui était le 26 juillet 1343, un grand tumulte au milieu du marché neuf, de s'armer ensuite , et d'appeler le peuple à la liberté.

Ce jour venu, quand on sonna les noneSy on prit les armes: le duc ne trouva pour le défendre, outre ses Français et ses gardes, que les quatre familles du peuple qui l'avaient élu, et qui, réunies aux bouchers et à quelques autres hommes de la plus basse classe, se rendirent à la place pour lui offrir leurs services. Les Médicis, les Rucellai, vinrent les attaquer; alors les familles du peuple changèrent d'avis , voyant que la fortune du duc avait aussi changé.

La révolte devenant plus formidable, on proposa un arrangement. Les conjurés ne voulurent consentir à entendre des paroles d'accommodement, qu'après qu'on leur aurait livré trois partisans du duc, messer Cerettieri Bisdomini, Guglielmo da Scesi et son jeune fils.... Alors messer Guglielmo et son fils furent laissés au milieu de leurs ennemis. Le fils n'avait pas encore dix-huit ans; néanmoins, l'âge, l'innocence, sa l>eauté.

ne purent le sauv^ de la fureur de la multitude. Ceux qui ne purent les frapper vivants, les frappèrent morts ; ne se lassant pas de les déchirer, ils les lacéraient avec le fer, avec les mains, avec les dents, afin que tous les sens participassent à la vengeance. Ayant d'abord entendu leurs plaintes, vu leurs blessures, touché leurs chairs meurtries, ils voulaient encore que le goût les savourât, pour que, de même que les sens du dehors étaient satisfaits , ceux du dedans fussent aussi rassasiés. Cette rage furieuse, qui assaillit si violemment ces infortunés, fut utile à messer Cerettieri : la multitude, lasse de ses cruautés, ne se souvint pas de lui , et comme on ne le demanda plus, il resta dans le palais. La nuit, ses parents et ses ^mis le sauvèrent. Quand la multitude eut assouvi sa haine dans le sang des premières victimes, elle consentit à conclure l'accord avec le duc , qui obtint la permission de sortir de la ville avec ses gens et ses bagages '.

Après ces événements terribles , les querelles recom-

I Lorsque GaatlUer fat aînai cxpolaé de Flonnce, les Florentiiis s*Mseaibièreot en corps d'arts ^ et sur la proposition d'un des conjurés les plus animés d*nn sentiment de haine contre le gouvernement renversé , Us ordonnèrent que Gauthier serait peint sur un tableau qa*on placerait à la porte du palais de la seigneurie, Pélibien parle de ce tableau qni est depuis long-temps à Paris dans mon cabinet. Gauthier y est représenté au miliei jure devant une statue de la Justice de ne On trouvera une description exacte de ce t blîé poor la première fois en 1 8 f i , et qui tulé : Considération* sur l'éiat de la peintur ont précédé Raphaël, Il y a aussi une disse insérée dans V Argus du i9 juillet 1809, n particnlarités remarquables extraites de la se

la peinture , etc. Cet ouvrage est une des dernières compositions du Giotto , âgé alors de 67 ans. La Justice devant laquelle une foule de soldats florentins prête serment de fidélité, porte des ailes, et se trouve placée debout snr une boule; de la main droite, elle tient son glaive, de la gauche, un enfant qni lance une flèche : la boule pose sur des traverses de bois qui paraissent on ins-

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