CHAPITRE XXXVI. ii
coup sur les Gibelins. Les premiers établirent contre ceux-ci la peine de Xammonition. Cela voulait dire qu'ils étaient avertis de ne pas solliciter et de ne pas accepter de magistratures. S'ils désobéissaient, ils étaient condamnés à diverses peines : de là il arriva que , par la suite , tous ceux qui à Florence sont privés du droit d'exercer les magistratures, sont appelés ammoniti.
Machiavel le savait très-bien , puisqu'on 1 5 1 2 il avait été déclaré ammonito.
On a vu que l'auteur ne ménage en rien la ville de Florence. Dans un discours aux Signori, qu'il prête à plusieurs citoyens de la ville, il va jusqu'à leur mettre dans la bouche les paroles suivantes :
« La corruption commune à toute Tltalie , magnifiques seigneurs, a corrompu et continue de corrompre votre ville
n n'y a entre les citoyens , ni union , ni amîdé , excepté entre ceux qui sont complices de quelque scélératesse contre le gouvernement ou contre les particuliers. Dans tous, la religion et la crainte de Dieu sont éteintes. Les serments et la foi donnée durent autant qu'il en résulte un avantage. Les hommes s'en servent (des serments) non pour les observer, mais pour y trouver un moyen plus sur de tromper; et plus la tromperie a été facile et sûre , plus on acquiert de louange et de gloire. Les hommes mauvais sont loués comme habiles, les bons blâmés comme imbéciles. Vraiment nos villes offrent le spectacle de tout ce qui est corrompu et de tout ce qui peut corrompre. «»
« Les jeunes gens sont obifs, les vieux, lascifs; tous les sexes, tous les âges , sont remplis d'habitudes malhonnêtes ; les bonnes lois ne servent à rien parce qu'elles sont gâtées par les mauvais usages : de là naissent cette avarice qui se remarque dans les citoyens , et ce désir, non de vraie gloire, mais d'honneurs méprisables qui amènent les haines, les inimitiés, les dissidences, les partis, d'où proviennent les
ia6 MACHIAVEL.
condamnations à mort , les exils, FafDiction de tous, et Télé- Tation des méchants. »
1525. J'ai dit que Machiavel avait répudié les mauvaises maximes de son traité des Principautés; il le prouve assez clairement dans cette partie de ses Histoires. Il récapitule ensuite avec vivacité les malheurs de la patrie; il revient sur Fignoble bourreau de Gubbio; il signale les familles fatales qui naissent pour la ruine des républiques. Craignant apparemment que des esprits mal intentionnés ne s'attachent à appliquer ce nom àe familles fatales, à celle des Médicis, ce qui . ne pouvait être vrai pour l'époque de laquelle il parle , il nomme les Uberti, les Donati, les Cerchi, les Ricci et les Albizzi.
Les citoyens à qui Fauteur fait parler ainsi un si noble langage , n'en obtiennent que de très-légers avantages, dont les factions même ne tardent pas à abuser.
Nous voyons apparaître comme gonfalonier, messer Sylvestre , fils de messer Alamanno Médicis ; il était né d'une très-noble i^miMe popolana % et qui ne pouvait souffrir que le peuple fût opprimé par un petit nombre de puissants. Un des premiers soins de Sylvestre fut de faire adoucir le sort des ammoniti; mais de nouveaux troubles s'élevèrent : on brûla des maisons, on pilla celles qu'on dédaigna de brûler. Louis Guicciardini , un des successeurs de Sylvestre , cherche à rétablir Fordre qui était troublé à chaque élection ; il harangue ainsi les magistrats des arts :
R Dites-nous, par votre foi, quelle est la chose que vous
' Oo appelait familles popoiane celle* qai soÎTaient le parti et défendaîent les prétentions da peuple, oo qni avaient été déclarées nobles par le penple, car k Florence, le peuple, qui ne gardait pas la noblesse pour lui, la conférait à des familles de son parti. Il créait même des chevaliers , comme faisaient alors les sonrerains , à Rome, en Allemagne, en France, en An^eterre, etc.