‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 64 sur 274 · CHAPITRE XXXVI. iij · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI. iij

pouvez plus honnéteinent désirer de nousPVous avez toulu enlever Tautorité aux Capitani di Parte % on la leur a ôtëe ; vous aVez voulu que Ton brûlât leurs scrutins , et qu'on fît de nouvelles réformes, et nous y avons consenti; vous avez ' voulu que les Ammoniti retournassent à leurs honneurs , ny sont-ils pas retournés? Sur vos prières, nous avons pardonné à ceux qui ont brûlé les maisons et dépouillé les églises, et pour vous satisfaire, nous avons envoyé en exil tant d'honorables et de puissants citoyens. Pour vous plaire, les grands ont été réfrénés par de nouveaux réglenoents. Quand mettrez-vous tin à vos demandes ? Combien de temps userez-vous mal de notre générosité? Ne voyez-vous pas que nous supportons avec plus de patience la défaite, que vous ne supportez la victoire ? A quoi ces désunions conduiront-elles notre ville ? Ne vous rappelez- vous pas que lorsqu'elle a été désunie, Castruccio, un vil citoyen Lucquois, l'a battue?*

L'art de la laine était un des plus puissants, et il tyrannisait une immense partie de la basse populace à laquelle il donnait l'existence. Dans une assemblée, un homme de la classe la plus infime prend à son tour la parole. U cherche à excuser les violences du peuple, les incendies, les cruautés commises, les vols, les assassinats , et demande effrontément si , pour se faire pardonner les premiers crimes , il faut s'en permettre de nouveaux. Tous les arguments qu'emploie cet orateur incendiaire, portent un caractère terrible de cynisme, et quelquefois de vérité, mais mal appliquée à l'état de société, même du xv* siècle, caractère hideux et inconséquent dont on a vu de si effroyables représentations en France, il y a quarante ans.

I On appelait capitani di parte guelfa^ des citoyens chargés de faire respecter les décrets que les Florentins guelfes avaient lancés contre les Florentins gibelins. On arait fini par appeler ces citoyens tout simplement ea/riftim di parte ^ en sons-entendant guelfa.

iii8 MACHIAVEL.

« Ceux qui peuvent nous résister sont désunis et riches. Leur désunion nous donnera la victoire; leurs richesses, quand elles seront nôtres , nous conserveront cette victoire. Ne vous émerveillez pas de l'antiquité du sang qu*ils nous reprochent de ne pas avoir : tous les hommes ayant un même commencement, sont également antiques, et la nature les a tous faits sur un même modèle. Dépouillez-nous tout nus , vous nous trouverez semblables. Revêtez-nous de leurs habits, revêtez-les des nôtres; nous, sans doute, nous paraîtrons les nobles, et eux les ignobles : la pauvreté seule et les richesses nous déségalisent. »

L'orateur n'oublie pas une seule maxime des temps de révolution; il prodigue jusqu'aux impiétés, et l'on voit que Machiavel n'a pas reculé devant cet amas d'outrages au bon sens, que l'ignorance de tout raisonnement politique peut dicter à l'homme abruti par la misère , par l'envie , par le crime.

L'orateur adjure quelques-uns de ses complices de l'écouter encore, et il les exhorte ainsi :

« Je sais que beaucoup d'entre vous, par des remords de conscience, se repentent des derniers excès, et veulent s'abstenir d*en commettre de nouveaux. Si cela est vrai, vous netes donc pas les hommes que je croyais que vous étiez.** Ni conscience , ni infamie , ne doivent vous troubler. Ceux qui sont vainqueurs, de quelque manière qu'ils soient vainqueurs, n'en emportent pas de honte. Vous ne devez pas tenir compte de la conscience', parce que là où est, comme elle est en nous, la peur de la faim et des prisons, celle de l'enfer ne peut pas entrer. Si vous considérez la manière d'agir des hommes, vous verrez que tous ceux qui arrivent à de grandes richesses ou à une grande puissance, sont parvenus par la force ou par la fraude*; et ces choses qu'ils

> Comme si cela était' possible!

> Ce n*est pas toujoDrs vrai.

Page 1