CHAPITRE XXXVI
ont acquises par la violence et par la tromperie , pour cacher la TJîlaineté de cette possession , ils- lui attribuent le faux titre de gain. »
Il continue à la manière de Spartacus :
« Les esclaves fidèles sont toujours esclaves ; les hommes
bons sont toujours pauvres Les entreprises que Ton
commence avec danger, finissent avec récompense , et Ton n*est jamais sorti d*un péril sans un péril. »
Machiavel n'a pas eu tort d'introduire ce factieux, qui manifeste ainsi tous les sentiments du parti. On verra quels furent les résultats de ces principes jetés parmi le peuple : l'événement prouvera qu'ils ne sont pas une fiction de l'auteur.
I^ Seigneurie n'opposa pas assez de force à ces audacieux : ils recommencèrent à incendier les palais. Beaucoup de citoyens, pour venger leurs injures privées, conduisaient ces furieux à l'habitation d'un ennemi. Il suffisait qu'un seul criât : A la maison de tel; et sur-le-champ, celui qui tenait le gonfalon % se dirigeait vers cette maison.
Ici, rien déplus ingénieux que la transition par laquelle l'auteur passe à d'autres faits. Après que les factieux eurent commis tant de maux, pour les accompagner de quelque œuvre louable, ils créèrent chevaliers Sylvestre de Médicis, et beaucoup d'autres citoyens. Quelques-uns furent même nommés par le peuple, sans aucun examen. Il y en eut qui, le même jour, eurent leur maison brûlée, et (tant le bienfait était voisin de l'injure) furent créés chevaliers; ce qui arriva à Louis
' Indépendamment da gonfalon, ou étendard de la république, il y en avait encore pour chaqne art particnlier, et s! ce n'était pas nn art qai se révolti^t, si c'était nne ronltitude cumposée d'hommes de plusieurs arts^ alors on ajustait rapidement un gonfalon, qui était porté à la tète du rassemblement.
i3o MACHIAVEL.
Guicciardiniy le gonfalonier. Le peuple pensa aussi à lui-même : il demanda que les privilèges de Tart de la laine fussent déterminés ; que l'on créât trois arts nouveaux, un pour les cardeurs et les teinturiers, un autre pour les barbiers, les pourpointiers, les tailleurs et autres artisans semblables, et enfin un troisième pour le menu peuple ; que dans ces trois arts on choisît toujours deux Signoriy et que les quatorze arts mineurs en fournissent trois; qu'aucun des individus de ces arts ne pût être forcé, pendant deux ans, à payer une dette au-dessus de cinquante ducats, et qu'enfin les ammoniti pussent obtenir tous les honneurs.
Les demandes accordées, le peuple voulut que les Signori abandonnassent le palais. Ils y furent bientôt contraints, et le peuple l'envahit. Au moment où il s'y précipita, l'enseigne du gonfalonier de justice était dans les mains de Michel Lando, cardeur de laine. Celui-ci, sans chaussure, et à peine vêtu, monta rapidement l'escalier; quand il fut dans la salle d'audience des Signori y il s'arrêta, et, se tournant vers la multitude, lui dit : « Vous voyez que ce palais est à « vous. Cette ville est entre vos mains. Que vous « semble-t-il qu'il faille faire à présent? » Tous répondirent qu'ils voulaient que ce fût lui qui devînt gonfalonier et Signore , et qu'il gouvernât la ville comme il l'entendrait.
Michel accepta la seigneurie, et comme c'était un homme sagace et prudent , qui devait plus à la nature qu'à la fortune , il pensa à rétablir le calme dans la ville, à contenir les tumultes ; et pour se donner le temps de se recueillir, il commanda qu'on recherchât sur-le-champ ser Nuto, qui avait été désigné auparavant pour Barigely homme qui était odieux au peuple.