CHAPITRE XXXVI. i3i
A cet ordre, la plus grande partie de ceux qu'il avait autour de lui le quittèrent pour aller l'exécuter. Ensuite, pour commencer avec justice l'exercice du pouvoir qu'il avait obtenu par faveur, il fit ordonner publiquement qu'on ne brûlât plus de maisons, et qu'on s'abstînt du pillage. En même temps , afin d'épouvanter même le peuple , il fit élever une potence sur la place. Enfin il révoqua les syndics des arts, en créa de nouveaux. Cependant ser Nuto fut amené à la place, et, sans aucun ordre del^ndo, le peuple se précipita sur ce Barigel, et le pendit par un pied. Pendant ce temps, Lando se résolut à créer une Seigneurie. Il prit quatre Signori dans le bas peuple , deux dans les arts mineurs et deux dans les arts majeurs. 11 donna en présent à Sylvestre de Médicis, les revenus des boutiques du pont Vieux. Il s'attribua à luimême hi podesteria diYjxvpoM, Il accorda d'autres bienfaits à des hommes du peuple , non pas tant pour les récompenser que pour les engager à le soutenir contre l'envie.
Mais en vain il avait pris ces précautions de pru- 1525. dence, et l'on peut dire, de talent politique et d'intérêt personnel, puisqu'en ne s'oubliant pas, il s'était ménagé la reconnaissance de Sylvestre, dont le crédit était immense, et celle d'une partie du peuple, qui avait encore le pouvoir; une nouvelle révolte s'organise contre lui : des envoyés de la populace viennent lui reprocher son ingratitude, et l'abus qu'il a fait de l'autorité.
« Alors , se souvenant plus du rang nouveau qui! tenait que de son infime condition , il frappa lui-même de ses armes ces envoyés , les fit lier et jeter en prison. Ensuite, il eut Taudaee d'aller attaquer le parti révolté contre lui, le chercha dans la ville, revint dans le palais où il le trouva
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fortifie, le chassa, tua un grand nombre d'opposants, et contraignit le reste à se cacher. »»
« La yictoire gagnée , les tumultes cédèrent au courage du gonfalonier Lando, qui^ par sa détermination, sa prudence et sa bonté, surpassa alors tous les autres citoyens, et mérita d*être compté parmi le petit nombre de ceux qui ont rendu des services à la patrie ; car, si son esprit avait éié malicieux ou ambitieux , la république aurait perdu sa liberté , et serait tombée dans une tyrannie pire que celle du duc d'Athènes: mais sa bonté ne laissa pénétrer dans son esprit aucune pensée qui f%t contraire au bien de tous. Sa prudence lui fit conduire les choses de manière que beaucoup de son paiti eurent confiance en lui , et que par les armes il put vaincre les autres. »
On tomba ensuite dans un état qui fut rempli d'exils et de morts; en effet l'autorité directe avait échappé des mains de Lando, qui fut exilé plus tard. Il ne fut pas absous par tant de services rendus à Florence, quand la populace furieuse gouvernait la ville. Sa patrie fut peu reconnaissante de si nobles opérations.
« Voilà une erreur dans laquelle tombent souvent les princes et les républiques. Il en résulte que les hommes entraînés par de tels exemples, offensent les gouvernements avant de ressentir leur ingratitude. »
Véri de Médicis était devenu chef de la famille depuis la mort de Sylvestre. On lui conseillait de consentir à prendre même de vive force le gouvernement de la république, et il fit cette belle réponse à un de ses anciens ennemis qui , désormais tout dévoué à lui , lui donnait ce conseil : « Tes menaces , quand tu étais a mon ennemi, ne m'ont pas fait peur; maintenant que (c tu es mon ami, tes conseils me feront du mal. » Puis il alla trouver la Seigneurie , et parvint à rétablir quelque tranquillité.