‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 68 sur 274 · CHAPITRE XXXVI. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI. i

Les ennemis rendirent à ces pauvres enfants ce qu'on put retrouver des effets de leur père, et les renvoyèrent à d autres parents avec un grand soin. La république ne fut pas moins bienveillante pour eux, puisque, tant qu'ils vécurent , elles les entretint à ses frais.

Dans ces temps-là , Carmagnola, après avoir servi comme im excellent général la cause du duc de Milan , avait éprouvé des dégoûts et quitté le service de ce prince pour entrer à la solde de la république de Venise.

Nous revoyons ici les mœurs féroces du temps, et ces défiances ignobles qui travaillaient la plupart des gouvernements. Les Vénitiens soupçonnaient que Carmagnola entretenait des intelligences secrètes avec le duc, et il fallut, pour guérir les soupçons, que l'on découvrît que le duc venait de faire lâchement empoisonner Carmagnola.

« Le poison ne fut pas assez violent pour le tuer, mais il le réduisit à rextrémité. La cause du mal étant connue, les Vénitiens se prlifèr-ent de leurs soupçons. Alors les Florentins continuant de les engager à contracter une ligue avec eux , il fut convenu que la guerre se ferait contre le duc à frais communs , que les conquêtes faites en Lombardie appartiensdraient à Venise, et que celles qu*on ferait en Romagne et en Toscane, appartiendraient à Florence. Carnuignola fut nommé capitaine général de la ligue. »

L'influence de la maison de Médicis était passée depuis long- temps dans les mains de Jean, qui avait acquis une grande popularité par ses bienfaits et par ses aumônes. Il venait surtout de rendre un grand service à la république, à l'occasion de querelles trèsvives qui s'étaient élevées relativement à la fixation des impôts.

On avait jugé à propos d'imposer les biens fonds , de manière que celui qui avait cent florins de valeur,

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devait être taxé à un demi florin. Cet impôt s'appelait cadastre. Tout-à-coup le peuple demanda que cet impôt eut un effet rétroactif, et que comme les riches avaient payé moins auparavant, on leur fît payer dorénavant ce qu'ils auraient dû autrefois, de manière qu'ainsi ils se trouvassent au même point où étaient ceux qui, pour solder les anciens impôts, avaient aliéné leurs possessions.

« Ces plaintes étaient apaisées par Jean de Médicis, qui montrait qu il n'était pas bien d aller examiner les choses passées. Si les impôts auparavant avaient été injustement répaitis , il fallait remercier Dieu de ce qu a présent on avait trouvé le moyen de les répartir justement ; il fallait vouloir que ce mode nouveau servît à réunir, et non pas à diviser la ville , comme il arriverait si , allant rechercher le montant des contributions acquittées , on voulait les égaler aux nouvelles. Celui qui est satisfait dune demi-victoire, fait toujours bien, parce que quiconque veut surwaincrey perd toujours. Par ces paroles il apaisa les disputes, et il obtint qu on ne parlât plus du rappel des impôts. »

L'Ammirato, historien qui ne rendra pas toujours aussi noblement justice à Machiavel y comme on le verra plus tard , loue avec enthousiasme ce passage des Istorie. Il s'exprime ainsi :

«De telles querelles ainsi suscitées furent, comme dit Machiavel , apaisées par Jean de Médicis , qui démontra que les lois sont faites pour corriger les erreurs passées, et ne s'étendent pas sur les erreurs présentes et futures : il n'était pas bien, selon lui, que ce remède, qui avait été trouvé pour réunir la ville, dût servir à la diviser : les hommes devaient se contenter d'une modeste victoire, et ne vouloir pas en tout anéantir le parti contraire \ y

« Istorie Florentine di Scipîone Ammirato, Florence y 1647 , în-4*'i tom. U, pig. io36.

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