‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 69 sur 274 · CHAPITRE XXXVI. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI. i

J'ai cité l'Ammirato, d'abord parce qu'il n'est pas suspect de partialité pour Machiavel , et puis parce qu'il semble s'être plu ici à fortifier les arguments de Nicolas, dont il a même su ennoblir l'expression en ajoutant à des réflexions déjà remplies de sagesse et de vérité, cette pensée si morale et si éloquente : « Les a lois sont faites pour corriger les erreurs passées, « et ne s'étendent pas sur les erreurs présentes et :< futures. »

On ne peut pas soutenir d'une manière plus simple et plus énergique le système qui combat toute ré- , troactivité dans les lois.

Du reste, Machiavel se montre conséquent avec ses principes hautement avoués de religion,' en recommandant de remercier Dieu de ce qu'il a détruit des maux dont on avait gémi ; et l'on reconnaîtra la prudence désormais plus assurée du politique qui ne hasarde rien, et qui détourne tout vainqueur de chercher à survaincre ; car souvent un vainqueur doit craindre tout ce qu'il ne craint pas. Ce service fut le dernier que Jean de Médicis rendit à son pays ; tout-à-coup , au milieu d'une vie si honorable, il tomba malade, et connaissant que sa maladie était mortelle, il appela ses enfants, Cosme et Laurent, et leur dit:

« Je crois avoir vécu le temps que Dieu et la nature avaient T^

fixé à ma naissance; je meurs content , puisque je vous laisse riches, sains, et avec de telles qualités que vous pourrez, en suivant mes traces , vivre honorés dans Florence, et chers à chacun des citoyens. Aucune raison ne me fait autant mourir content que le bonheur de me rappeler que je n ai jamais offensé personne, et qu'au contraire j*ai fait du bien à tous. Je vous engage à faire de même , si vous voulez vivre en sûreté. Ne prenez du gouvernement des choses que ce qui vous est ordonné par les lois et par les hommes; alors

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vous D*6xciterez pas l*envie; vous ne courrez pas de dangers, parce que, ce qui tous Êiit haïr, c*est ce que ThoiDRie prend pour lui, et non pas ce qui lui est donné ; et toujours vous en aurez beaucoup plus que ceux qui voulant la part des autres, perdent la leur, et, avant de la perdre, vivent encore dans de continuelles angoisses. C'est par ce moyen que, dans cette ville, entre tant d'ennemis et de divisions, j ai non-seulement conservé , mais accru ma réputation. Si vous suivez mes traces, vous vous conserverez, et vous accroîtrez votre crédit. Si vous agissez autrement, pensez que votre fin ne doit pas être plus heureuse que celle de ceux qui , de votre temps , ont ruiné eux et leur maison. »

Je ne puis passer sous silence ce portrait de Jean de Médicis.

« Jean était charitable ; non-seulement il donnait laumône à qui la demandait , mais encore il allait souvent au-devant des besoins des pauvres , sans en être sollicité. Il aimait tous ses citoyens. Il louait les bons ; il prenait compassion des méchants. Il ne demanda jamais les honneurs , et il les obtint tous. Il n*alla jamais au palais qu'il n*y Irùi appelé, h aimait la paix et fuyait la guerre. Il subvenait aux hommes dans leur adversité; il secondait leur prospérité. Il était éloigné de toute rapine publique, et se montrait augmenta* teur du bien commun, affable dans ses magistratures. II n'était pas doué d'une grande éloquence , mais d une pm"dence singulière. Ses traits annonçaient de la mélancolie; mais dans la conversation , il était agréable et même facétieux. Il mourut très-riche de trésors, mais encore plus riche de bonne renommée et de réputation de bienveillance. L'héritage des biens de sa fortune et des biens de son cœur fut , non-seulement maintenu, mais encore accru par Cosme, son fils. »

Machiavel est tellement revenu ici à la sincérité de l'histoire, qu'en écrivant les faits de l'année i/p9, il rapporte un noble service rendu à la république par

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