CHAPITRE XXXVI. i
ce même Guinigi, que dans Thistoire de Castruccio il fait vivre un siècle plus tôt. Plus haut , on a vu quHI appelle ce même Castruccio un vil citoyen Lucquois ; actuellement il l'appelle tyran de Lucques.
Nous avons remarqué que Machiavel parle bien rarement des arts et des artistes ; cependant il nomme ici Phihppe Brunelleschi , le célèbre architecte qui avait rempli la ville de ses glorieux ouvrages, et qui avait mérité, après sa mort , que son image en marbre fût placée dans le principal temple de Florence. L'auteur le nomme à propos du conseil qu'il donna de faire inonder la ville de Lucques avec laquelle on était alors en guerre; mais l'entreprise ne réussit pas. Cependant Paul Guinigj fut chassé de Lucques. Il demanda que sa Seigneurie^ qui avait commencé et continué sans qu'on versât de sang, put finir de même : mais le duc de Milan, qui l'avait vaincu, le fit mourir.
Cosme cependant, chef de la famille Médicis, ne tarda pas à se faire connaître comme un homme réservé , de grandes et agréables manières , toujours poli, toujours généreux. Il excita néanmoins l'envie, et ses ennemis parvinrent à obtenir son exil. Il se rendit à Venise, où la répubUque le reçut, non comme un banni, mais comme un personnage honoré d'un grade éminent
Messer Rinaldo degli Âlbizzi, qui avait été la cause de l'infortune de Cosme, fut à son tour exilé, et Cosme fut rappelé. Il est rare qu'un citoyen , revenant en triomphe d'une victoire , ait été accueilli avec un aussi grand concours de peuple et avec autant de démonstrations d'amour. Ce fut alors qu'on le salua publiquement du titre de bienfaiteur du peuple et de Père de la patrie,
Machiavel commence son cinquième livre par ces
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réflexions qu'il a déjà énoncées , et qu'il reproduit sous une nouvelle forme :
« Le plus souvent , les pays , dans les variations qu*ils éprouvent, vont de Tordre au désordre, et passent ensuite du désordre à Tordre. La nature n*a pas concédé aux choses mortelles la faculté de s'arrêter, et quand elles sont parvenues à leur dernière perfection , n ayant plus à monter, il faut quelles descendent, et, descendues qu'elles sont par Teffet des désordres à la dernière profondeur, elles se relèvent, et ainsi toujours du bien on descend au mal, et du mal on monte au bien. »
La vertu produit le repos, le repos engendre l'oisiveté, Toisiveté le désordre, et le désordre la ruine; et successivement ensuite, de la ruine renaît Tordre , de Tordre la vertu, de la vertu la gloire et Theureuse fortune. Aussi les hommes prudents ont observé que les belles-lettres naissent à la suite des succès guerriers, et que dans les villes les capitaines apparaissent avant les philosophes. Des armes bien ordonnées ont amené les victoires , et les victoires ont été suivies du calme, \aiforiitude des esprits armés ne peut être corrompue par une oisiveté plus honorable que celle des lettres, et Toisiveté ne peut envahir, avec une tromperie plus efficace et plus dangereuse, des villes bien instituées. »
Nous voyons ici une foule de détails sur les guerres diverses qui alors ravagèrent l'Italie: Florence y prit part quelquefois. L'auteur rapporte les révolutions de Gènes : elles ne sont pas moins sanglantes que celles de Florence. Opicino, gouverneur, est tué sur une place, déchiré en pièces, et ses membres sont distribués dans tous les quartiers de Gènes.
Les Florentins, unis aux Génois et aux Vénitiens, font une ligue contre le duc de Milan. Rinaldo degli Albizzi, exilé de Florence depuis le retour de Cosme, adresse un discours à ce duc pour Tengager à déclarer une guerre ouverte à Florence. Rinaldo dit, d'a-