CHAPITRE XXXVI. i4i
près Machiavel, tout le contraire de ce que celui-ci a dit lui-même dans son discours sur la langue italienne : on se rappelle qu'il y blâme sévèrement la conduite et les vengeances du Dante. Voici comme s'exprime Rinaldo :
« Notre patrie ne peut se plaindre , si nous t'engageons actuellement à prendre contre elle les armes dont nous 1 avons défendue avec tant d obstination , parce que tous les citoyens doivent aimer cette patrie qui chérit également tous ses sujets , et non cette patrie qui , abandonnant tous les autres , en adore un petit nombre. Que personne ne blâme de porter les armes contre la patrie , de quelque manière que ce soit. Les villes, bien qu*elles soient dés corps mixtes, ont une ressemblance avec les corps simples ; et comme dans ces derniers il naît des infirmités qui ne se peuvent guérir sans le fer et le feu, de même, dans les autres , il naît tant de désordres, qu'un citoyen pieux et vertueux pécherait davantage à les laisser incurables qu a les soigner. Quelle est donc la maladie, dans un corps de république, plus grande que la servitude ? Quel remède est plus nécessaire que celui qui peut guérir cette infirmité ? Il n'y a de justes guerres que les guerres nécessaires, et les armes sont un acte de piété quand , sans elles , il n'y a plus d espérance '. Je ne vois pas de nécessité plus grande que la nôtre. Je ne vois pas de piété qui puisse vaincre celle qui arrachera la patrie à la servitude. »
Le Dante n'a pas tenu un autre langage, et il est excusé ici publiquement par son accusateur. Le Dante et Rinaldo, dans la même situation de douleurs, de souffrances, d'injustice, d'orgueil et de déraison, si Ton veut, ont les mêmes arguments; mais Rinaldo a
X Dans les Discorsi (Voyez tom. I de cet ouvrage, chap. XXV, pag. 44^) Machiavel a dit : « La guerre est juste pour ceux à qui elle est nécessaire ; les •( armes sont saintes pour ceux qui n*out d'espérance que dans les armes. •• Ici il varie son expression , mais c'est à pen près le même sentiment.
i4a MACHIAVEL.
plus de succès que le poète , et le duc de Milan commence une guerre acharnée contre les Florentins.
Ceux'Ci attaquent Lucques qui tient pour le duc. Un vieillard de Lucques engage le peuple à se défendre.
«Souvent nous n*avons eu d autre espérance que' dans
Dieu et le temps : l'un et Vautre nous ont conservés Tout
ennemi doit être redouté de vous, parce que tous voudront leur gloire et notre ruine; mais, avant tout, les Florentins doivent vous épouvanter. Pour eux, ne suffiraient pas Tobéisflance, nos tributs, et lautorité dans cette ville; ils vou« draient encore nos personnes, nos biens, pour rassasier avec notre sang leur cruauté , avec nos biens leur avarice. »
G>sme, jaloux d'obtenir l'alliance de Venise, partit pour cette ville où il avait été si bien accueilli comme réfugié; mais quoique Fun des chefs les plus puissants de la république, il ne réussit pas autant qu'il le désirait.
L'auteur dit quelques mots du concile qui s'assembla à Florence en 1 439, et des arrangements qui furent conclus entre l'Église Latine et beaucoup de prélats de l'Église Grecque.
Le sixième livre présente d'abord des réflexions sur l'objet des guerres et sur l'utilité des victoires.
Florence, au dehors tour à tour en guerre et en paix avec les Visconti, au dedans change une partie de son gouvernement en faveur du parti des Médicis. François Sforze est déclaré capitaine des Milanais: Pavie bientôt se donne à lui; Milan, plus tard, suit son exemple.
A propos de la conspiration de Porcari contre le gouvernement pontifical , Machiavel cite Pétrarque. Il croit que Porcari, dans sa téméraire entreprise, a été animé par ces vers du cliantre de Vaucluse :
« Canzone, sur le mont Tarpéien, tu verras un chevalier