‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 72 sur 274 · CHAPITRE XXXVI. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI. i

que toute l'Italie honore, et qui pense plus aux autres quil ne s'occupe de lui-même '. »

Machiavel continue :

« Messer Etienne Porcari savait que les poètes étaient sou-

* Sopra il monte Tarpejo, Canzon, vedrai Un cavalier ch*Italia tuUa onora Pensoso più d* altrif die di se stesso.

Yoyes / quairo Poeii ItatUmi ( le rime di métier Franeeseo Petrmrca ) , Paris, Lefèvre, i833 , un seul toI. grand in-8*, pap. yél. Canzon YI, pfg. 127.

M. Lefèvre m^ite beaucoup dVloges et d'encouragements, pour avoir publie une édition si belle et si soignée des quatre Poètes italiens , Dante, Pétrarque , Arioste et le Tasse. Il 7 a joint les plus beaux morceaux des autres poètes de la même nation , qui se sont rendus célèbres depuis le treisième siècle jusqu'à nos jours. M. Buttura dont le goût éclairé a dirigé cette édition si remarquable, ne pouvait pas manquer d'y insérer des poésies de Machiavel. On y lit, entre autres, le Capitolo tout entier de ringratititde, dont plus haut j*ai offert l'analyse (chap. XXYIII, pag. 40), et le Capitolo de t Occasion (même chap., pag. 87). On ne saurait trop engager les personnes qui cultivent la littérature italienne , à se faire présent du beau volume de M. Le/evre.

L'encyclopédie immense de la Divine Comédie n'occnpe qu'un peu plus de eent pages. A peine sorti du Paradis du Dante, et revenu sur ,1a terre, on trouve immédiatement Pétrarque , qui en s'éloignant de la rudesse sublime de son maître , a multiplié ces modèles de grice et de passion , qu'Arioste a imités en riant et que le Taaae a pris au sérieux. Arioste relève Pétrarque , qu'on laisse dans ses extases mystérieuses , et Ton ne sait plus qu'admirer l'intarissable galté de Lodovico , son abondance, sa morale folâtre, et cette comique di' sinvoUura avec laquelle il se moque de son lecteur. La marche triomphale est fermée par le Tasse , ce prodige de correction, de sagesse virgilienne, ce chantre éloquent du courage des dirétiens, et qui n'a pas tracé d'un pinceau moins brillant , l'audace des païens et les'charmes les plus déh'cats de la féerie.

Enfin ce volume précieux nous fait reconnaître en un instant, ce que les trois derniers poètes ont emprunté au Padre AUghieri^ k qui ib ont dérobé quelquefois des vers entiers , et plus souvent des pensées primesautièret, des comparaisons, des formes de style. A son tour, Pétrarque a inspiré, mais sous des points de vue divers, Arioste et le Tasse. Ces deux-ci , comme s'abreuvant à part il deux sources différentes , ne se sont presque rien demandé l'un k l'autre.

Qu*elle est donc ridie et puissante, l'imagination de cette bràlante et noble Italie , puisqu'â si peu de distance , deux vastes génies ont pu , sans se rencontrer, amasser tant de lauriers, moissonner tant de gloire, et ainsi assurer à leur patrie, en ce qui éuit encore à obtenir après Dante et Pétrarque, la palme glorieuse de la poésie moderne!

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Tent remplis d un esprit divin et prophétique ; aussi crojaitil qu'il fallait s'attendre à révénement prophétisé par Pétrarque dans cette Canzone, et qu'il devait exécuter un projet si glorieux , puisqu'il était , par son éloquence , par sa science, par sa faveur et par ses amis, supérieur à tout autre Romain. »

Ici se dépeint bien clairement le caractère du style de Machiavel. Après avoir ainsi établi que Porcari semblait espérer le succès , il continue rapidement son récit, et il ajoute que le pape fît arrêter Porcari et une partie des conjurés, et qu'ensuite il les fit mourir, comme le méritait leur faute. Ceci, à cause surtout de la circonstance des éloges précédemment donnés au caractère de Porcari, et non à son action, démontre l'esprit de concision et de franchise avec lequel Machiavel explique les événements les plus terribles. Telle était sa manière vive, pressante, animée! il exposait les faits et se contentait d'en indiquer l'issue : cependant cette fois-ci il a ajouté quelques réflexions, ce qu'il ne fait pas ordinairement dans ses récits.

« Ce dessein eut une telle lin. Vraiment quelqu'un a pu louer l'intention de celui-ci , mais chacun aussi a blâmé son jugement : de semblables entreprises, si, à la pensée, elles ont quelque ombre degloire,empoitent presque toujours, dans Fexécution, un préjudice certain. »

En 1453, les Florentins appellent en Italie René d'Anjou. Les Turcs n'ayant pas cessé leurs incursions en Hongrie, on se prépare à une croisade; mais les Hongrois les ayant défaits à Belgrade, la crainte qu'inr spiraient les Turcs s'évanouit, et les Italiens recommencèrent à se susciter réciproquement des prétextes de guerre qui cependant n'eurent pas de résultats affligeants.

On trouve ici cette belle description d'une trombe de teire.

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