‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 75 sur 274 · CHAPITRE XXXVl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVl

Bientôt une conjuration éclata contre Tautorité, ou plutôt contre l'influence morale que Pierre de Médicis, fils de Cosme, exerçait à Florence. Un des conjurés révèle le complot à Pierre : il veut appeler ses amis ; il les trouve incertains. Les deux partis prennent les armes. Pierre ne s'abandonne pas lui-même; il est vainqueiu*, et il disperse ses ennemis. Venise , suivant son usage, accueille les nouveaux bannis.

Nous sommes arrivés à Tannée 1469. C'est celle de la naissance de Machiavel. Il écrivait cinquante-six ans après cette époque. Il ne néglige aucun événement mémorable , mais on pressent qu'il brûle d'arriver au grand événement de la conspiration des Pazzi.

Pierre meurt en laissant deux fils, Laurent et Julien, encore jeunes. Bientôt on craint quelque soulèvement contre la famille; Thomas Soderini, citoyen d'un grand nom, se déclare pour les Médicis; Laurent et Julien sont dès-lors honorés comme chefs de l'état , et se guident par les conseils de Soderini.

Ce livre est terminé par le récit de la conjuration contre Galéas, duc de Milan, qui s'était rendu coupable des plus viles scélératesses.

Jean André Lampognano, Charles Visconti et Girolamo Olgiati , furent les chefs de la conspiration. Le duc avait déshonoré Charles et Jérôme, /?er via di donne (dit l'auteur); il avait gravement insulté Jean André. Ce prince était aussi accusé d'avoir, comme Néron , tué sa propre mère. Les conjurés , dans l'église même de Saint-Étienne , assassinèrent le duc. Jean André et Charles furent presque sur-le-champ tués par les gardes. Girolamo, arrêté plus tard, fut condamné à mort : il n'avait que vingt-trois ans. Déjà dépouillé de ses vêtements, et voyant devant lui le bourreau, le

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couteau à la main , il proféra ces paroles en latin ' : a La a mort est cruelle , la renommée perpétuelle: il restera ce un long souvenir de l'événement. »

Voici les réflexions de Fauteur :

« Cette entreprise ftit ourdie seulement par ces malheureux jeunes gens, et exécutée courageusement. Ils périrent , parce que ceux qu*ils espéraient voir venir à leur suite , pour les défendre, ne les suivirent pas et ne les défendirent pas. Que les princes apprennent à vivre de manière, et à se faire respecter et aimer de telle sorte, que personne, après les avoir tués , ne puisse espérer se sauver ! Que les autres connaissent combien est vaine la pensée qu une multitude même mécontente, les suivra et les accompagnera dans les périls! Cette catastrophe épouvanta toute Tltalie ; mais elle fut bien plus eft'rayée de celles qui suivirent, et qui rompirent une paix de douze ans^ ainsi qu*on le verra dans le livre suivant» où Ion remarquera une fin douloureuse et pénible, et un conmiencement sanguinaire et effroyable. »

Telle est la transition qui amène le huitième et dernier livre des histoires.

« Le commencement de ce livre se trouvant placé au milieu de deux conjurations, lune déjà rapportée et qui eut lieu à Milan , lautre qui va être rapportée et dont la scène est à Florence, il paraîtrait convenable, en voulant suivre notre coutume, que nous raisonnassions ici de la qualité des conjurations et de leur importance. Je le ferais volontiers, si je n*en avais pas parlé dans un autre lieu (les Discorsi) : passant donc à un autre sujet, nous dirons, etc. »

Machiavel a pu ici redemander à sa mémoire d'enfant quelques-uns des faits. 11 avait alors neuf ans. Il pouvait s'être trouvé, avec sa mère ou avec ses compagnons de classe, dans Féglise même de Santa-Repa-

(■ « Mors aeerba , fama perpétua : stahit vettit memoria facti. »

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