‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 76 sur 274 · CHAPITRE XXXVI. i5i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI. i5i

rata y où le crime se commit. Au moins il a pu voir le trouble dans les rues, entendre les cris des combattants; il a vu peut-être conduire au supplice des conjurés. Il était d'usage que toute la ville se portât , dans de pareilles circonstances , à la place publique, et les enfants ne sont pas les moins avides de cette sorte de spectade.

S'il en fut ainsi, il n'en dit rien. Le ton solennel que prend l'auteur, les détails sévères et précis, l'esprit de méthode qui préside au récit des faits, l'énergie des expressions unie à la rapidité de l'exposition, tant de succès réunis font, de ce morceau d'histoire, un beau droit de Machiavel au rang de l'un des premiers historiens des temps modernes.

Les Pazzi sont les premiers moteurs de la conspiration. Ils étaient bien véritablement animés d'un sentiment personnel de jalousie, et de plus, l'enlèvement d'un héritage considérable qui leur était acquis par les lois, les avait encore irrités davantage contre les Médicis qui avaient permis ce déni de justice.

Machiavel ne pouvait ouMier d'assigner cette cause: il a dit assez qu'il ne faut pas priver les familles de leurs propres patrimoines.

Alors les Pazzi conspirèrent Le pape Sixte IV promit de les appuyer: l'archevêque de Pise, Salviati, s'engagea ii y concourir.

Le chef de la famille Pazzi, Jacques, devait au peuple le titre de cbevaUer. U n'avait qu'une fille; mais ses frères Antoine et Pierre lui avaient laissé sept neveux; Guillaume, François, René, Jean, André, Nicolas et Galeotto. Jacques Pazzi et ses neveux , outre les motifs de mécontentement qu'ils nourrissaient dans leur esprit , n'obtenaient pas le rang qu'ils ambitionnaient. Toujours ces Médicis, ces heureux Médicis pas-

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saient avant eux. François Pazzi fut le premier à manifester sa haine: il était plus courageux^ plus sensible (^sensitiuo) que les autres. 11 s'unit au comte Girolamo % seigneur de Forli, neveu ou plutôt fils du pape Sixte IV. Sur ces entrefaites, le roi de Naples Ferdinand entra dans la conjuration. François y attira deux Salviati, parents de larchevêque, nommés tous deux Jacques, messer Poggio, jeune ambitieux, désireux de choses nouvelles^ Napoléon Franzesi et Bernard Bandini , homme audacieux et attaché par la reconnaissance aux Pazzi. Parmi les étrangers , on admit Antoine de Volterre et le prêtre Etienne, qui, dans la maison de Jacques Pazzi, enseignait la langue latine à sa fille. Cependant René de' Pazzi, homme grave et prudent, qui connaissait très-bien les maux qu'occasionnent de semblables entreprises, ne consentit pas à entrer dans la conjuration ; au contraire, il la détesta, et la contraria par tous les moyens honnêtes qu'il put employer.

Alors le pape nomma cardinal Raphaël, neveu de Girolamo Riario. Il sembla utile aux conjurés d'appeler ce cardinal auprès d'eux : il partit de Pise et se rendit à Florence, où il reçut une pleine connaissance du plan des conjurés. Il fut alors décidé qu'on inviterait les Médicis à un banquet , le dimanche 26 avril 1478 : on devait les tuer au milieu du repas. Le matin venu, on fit dire à François que Julien ne pourrait assister à ce repas. Les conjurés, pensant qu'on ne pouvait pas différer plus long-temps un projet connu de tant de monde, il fiit arrêté qu'ils l'exécuteraient le jour même du dimanche dans l'église de Santa-Repa-

' Premier mari de la comtesse Catherine Sforsa , auprès de qo! aoos ayons va Machiayel remplir one mission en I499* f^oy^ tom. I , cbap. n, pag. 33.

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