‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 77 sur 274 · CHAPITRE XXX VI. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX VI. i

rata, où se rendraient nécessairement les deux frères, parce que le cardinal Riario serait présent. On voulait que Jean Raptiste de Montesecco, condottiere du pape, se chargeât de tuer Laurent; François de' Pazzi et Rernard Bandini devaient tuer Julien. Jean Baptiste refusa à cause de l'intimité qu'il avait eue avec Laurent; il ajouta qu'il n'avait pas le courage de commettre un si grand crime dans une église, et de joindre la trahison au sacrilège. Ce refus devint la ruine de leur projet. Le temps les pressant, ils furent obligés de désigner messer Antoine de Volterre et le prêtre Etienne, deux hommes qui, par état et par nature? étaient bien peu propres à une telle entreprise.

« Car si jamais , dans aucune action , on recherche un cou- V

rage fort et assuré , et résolu à la vie a la mort après beaucoup d*épreuTes, il est nécessaire de Tavoir dans cette circonstance où Ton a vu le courage manquer à des hommes éprouvés par les armes , et dégoûtants de sang. »

« Cette délibération prise, il fut convenu que le signal de l'exécution serait le moment où le prêtre communierait à la messe principale , et que dans cet instant Tarchevéque Salviati, suivi des siens, et messer Poggio, s'empareraient du palais, afin que la Seigneurie, après la mort des deux jeunes gens, volontairement ou forcément , fût favorable aux conjurés. »

«Cette dernière délibération terminée, ils allèrent dans 1 église où déjà le cardinal était entré avec Laurent. L'église était remplie de peuple , et l'office divin avait commencé. Julien n'étant pas encore arrivé , François de* Pazzi et Bernard Bandini, destinés à sa mort y allèrent dans sa maison le trouver, et , par prières et par adresse, ils le conduisirent à l'église. C'est une chose vraiment digne de mémoire, que tant de haine, et que la pensée d'un si grand crime pussent se joindre dans François et Bernard, avec tant de cœur et d'obstination d'esprit! En le conduisant au temple, et pen-

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dant la chemin , et à rarrivëe dans Tégliseï ils Fentretenaient de plaisanteries et de mots déjeunes gens. Sous prétexte de le caresser, François ne manqua pas de le serrer ayec les mains et avec les bras ^ pour Toir s il le trouverait couvert d'une cuirasse ou de toute autre défense. Julien et Laurent connaissaient lanimosité des Pazzi : ils savaient qu*ils désiraient leur enlever lautorité dans Tétat; mais ils ne craignaient rien pour leur vie, parce qu ils pensaient que si les Pazzi avaient à faire quelque entreprise , ils la feraient clçilement et non pas avec tant de violence. Eux aussi, n*ayant pas d'inquiétude pour la vie, ils feignaient d*être amis des Pazzi. Les meurtriers étaient prêts : ceux qui en voulaient à Laurent pouvaient être voisins de lui» La multitude, qui inondait le temple, permettait quils fussent près de lui facilement et sans exciter de soupçon; les autres étaient placés près de Julien. »

«Arriva Theure marquée; Bernard Bandini, avec une arme courte, perça le cœur de Julien qui, après quelques pas, tomba par terre. François deTazzi s étant jeté sur lui, le couvrit de blessures et le frappa avec tant de violence, qu'aveuglé par la fureur, il se blessa lui-même grièvement à la jambe. Messer Antonio de Volterre et Etienne, de Vautre part,, assaillirent Laurent , et après lui avoir porté plusieurs coups , ne parvinrent qu'à le blesser légèrement à la gorge. Tous les autres efforts furent vains, soit qu'il y eût de leur part peu de courage ou beaucoup de force de la part de Laurent, qui , se voyant assailli, se défendit avec ses armes, soit que les compagnons de Laurent lui eussent porté du secours. Antoine et Etienne effrayés, prirent la fuite et se cachèrent; mais depuis, ayant été arrêtés, ils furent tués ignoblement et traînés en morceaux par toute ia ville. Laurent, accompagné de ses amis, s'était réfugié dans la sacristie. Bernard Bandini, après la mort de Julien , tua François Nori, ami des Médicis; ensuite, non content de ces deux homicides, il courut pour trouver Laurent, et suppléer, par son courage et sa promptitude , à ce que les autres n'avaient pu faire par lenteur et par faiblesse ; mais le voyant réfugié

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