‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 78 sur 274 · CHAPITRE XXXVI. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI. i

dans la sacristie, il ne put parvenir jusqu'à lui. Au milieu de ces effroyables et tumultueux événements , qui furent si terribles qu*il semblait que Téglise s*écrôulât, le cardinal Rapbaël se réfugia vers Tautel, où les prêtres, avec grande peine, le sauvèrent jusqu'à ce que la Seigneurie pût le conduire à son palais où il demeura gardé à vue jusqu'à son entière libération. »

L'archevêque s'était rendu au palais de la Seigneurie : il y fut arrêté et sur-le-champ pendu , avec ses deux parents du même nom, et Jacques de messer Poggio. Bernard Bandini pensa à s'enfuir, et il y réussit. François Pazzi, blessé, retourna à sa maison, se jeta sur son Ut , ne pouvant plus faire un mouvement. Le vieux Jacques Pazzi monta à cheval, et il essaya d'appeler à son aide le peuple et la liberté : mais l'un avait été rendu sourd par la fortune et la libéralité des Médicis, Vautre à Florence n était pas connue. Il ne fiit rien répondu à Jacques ; seulement , les parti3ans des Signori qui occupaient le palais , le saluèrent avec des pierres, et, par leurs menaces, cherchèrent à l'effrayer. Alors voyant le palais déclaré ennemi, Laurent vivant, François blessé, il pensa à sauver sa vie, et, partant avec ceux qui l'accompagnaient sur la place , il sortît de Florence pour aller en Romagne.

Laurent était retourné à son palais. Par toute la ville on criait le nom de Médicis. Les membres des morts se voyaient ou sur la pointe des armes, ou promenés par la ville. François alors fut arraché tout nu de sa maison , conduit au palais et pendu à côté de l'archevêque de Pise. 11 ne fut pas possible, pendant tout le chemin, quelque injure qu'on lui fît ou qu'on lui adressât, de lui faire prononcer une parole. Il regardait fixement la foule, et, sans se plaindre autrement, il soupirait en silence. Le vieux Jacques, qui

i56 MACHIAVEL.

fuyait vers la Romagne, et René Pazzi , celui-là même qui n'avait pas voulu entrer dans la conspiration , et qui fuyait également , furent pris, conduits à Florence et condamnés à mort. Le peuple plaignit le sort de ce dernier, homme sage, sans orgueil, et qui n'avait pas les défauts reprochés aux autres conjurés de la famille.

« Pour que cet événement ne manquât d*aucun des caractères les plus extraordinaires, Jacques Pazzi, qui dans le premier moment avait été inhumé dans la sépulture de ses ancêtres , fut déterré et jeté dans un fossé le long des murs de la ville , puis retiré et traîné dans Florence attaché à la même corde qui avait servi à son supplice ; et comme il n Savait pas pu trouver une sépulture sur la terre , il fut jeté , par ceux qui Tavaient ainsi traîné, dans la rivière de FArno, qui alors avait ses eaux très-élevées. ^

« C est un exemple vraiment mémorable des coups de la fortune , de voir un homme riche de tant de trésors , et qui jouissait d'un état si heureux, tomber tout-à-coup dans de si terribles malheurs , avec tant d'insultes et de douleurs. On lui reprochait des vices, entre autres, la passion du jeu et la propension à blasphémer, vices dont il était coupable plus qu'aucun homme perdil'de mauvaise conduite: cependant, il rachetait ces vices par beaucoup d aumônes , et il secourait magnifiquement les infortunés et les établissements pieux. On peut encore dire ce bien de lui, que, le samedi qui précéda le dimanche député à un tel homicide , pour n'entraîner personne dans sa maiïvaise fortune il avait acquitté toutes ses dettes, et envoyé, avec une merveilleuse sollicitude , à chaque propriétaire, toutes les marchandises qui leur appartenaient et qui étaient à la douane et dans sa maison. »

Jean Baptiste Montesecco eut la tête tranchée; Napoléon Franzesi évita le supplice par la fuite. Les conjurés punis, etc.

« On célébra les funérailles de Julien. Il fut accompagné

Page 1