CHAPITRE XXXVL îSy
au tombeau par les larmes de tous les citoyens Il resu
de lui un fils naturel qui naquit peu de temps après la mort de son père, et fut appelé Jules, le même qui, rempli de bonheur et de vertus, est connu aujourd'hui de tout Funivers, et qui sera largement dépeint par nous quand, avec laide et la protection de Dieu , nous parviendrons aux époques présentes. »
Ce que Naples et le pape n'avaient pu obtenir par le moyen de la conjuration, ils le tentèrent par la guerre et les armes religieuses. Florence fut attaquée; elle fut excommuniée et maudite. Étrange et détestable abus des forces spirituelles ! Au milieu de ces désolations, Laurent assembla dans le palais les citoyens les plus distingués, et leur adressa ce discours où l'on remarque ces admirables passages :
« Je ne sais , seigneurs et magnifiques citoyens , si je dois me plaindre avec vous de ce qui est arrivé, ou si je dois me réjouir. Quand je pense avec quelle fraude , avec quelle haine j*ai été attaqué, moi et mon frère qui a été tué, je ne puis que mVn désoler et m'en affliger de tout mon cœur et de toute mon ame. Quand je considère avec quelle promptitude, avec quel zèle, avec quel amour, avec quel consentement unanime mon frère a été vengé et moi défendu , il faut que je me réjouisse, que je m*en glorifie et que je m'en félicite. Si l'expérience m'a fait connaître que dans cette ville j'avais plus d'ennemis que je ne le pensais, elle m'a appris aussi que j'y avais des amis plus fermes et plus dévoués que je ne pouvais le croire. Je suis contraint de me plaindre avec vous des injures des autres^ et de me réjouir de vos mérites. Cependant je dois m'affliger des injures^ d'autant que de semblables violences sont plus rares, sans exemple, et moins méritées par nous. »
« Considérez, magnifiques citoyens^ où le sort avait conduit notre maison qui n'était pas eu sûreté, parmi les amis, parmi les parents (un Pazzi avait épousé une nièce de Cosme),
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ni même dans Fëglise. Ceux qui craignent la mort ont coutume de recourir à leurs amis ; ils ont coutume de recourir à leurs parents ; et nous , nous les avons trouvés armés pour nous détruire. Ceux qui sont poursuivis pour des raisons publiques et privées, ont coutume de se réfugier dans les églises; nous, nous sommes assassinés de la main de ceux-là par qui les autres sont défendus, et là où les assassins et les parricides sont en sûreté , les Médicis ont trouvé leurs meurtriers: mais Dieu qui, par le passé, na pas abandonné notre maison , nous a encore sauvés , et il a pris la défense
de notre juste cause Vous savez que notre maison ne
monta à aucun degré de grandeur qu'elle n'y fût poussée de ce palais, et par un consentement unanime. Cosme, mon aïeul , ne dut pas aux armes et à la violence le retour de l'exil, mais à votre consentement et à votre approbation. Mon père, vieux et infirme, ne défendit pas letat contre tant d'ennemis; c'est vous qui Favez défendu par votre autorité et vôtre bienveillance. Après la mort de mon père (j'étais, on peut dire, encore un enfant), je n'aurais pas maintenu la dignité de ma maison si je n'avais été aidé par vos conseils et votre faveur. .... Le pape et le roi de Naples affirment qu'ils font la guerre à moi et à ma maison. Dieu voulût que cela fiVt vrai! les remèdes seraient certains. Je ne serais pas assez mauvais citoyen pour estimer plus ma conservation que vos dangers : bientôt j'éteindrais votre incendie par ma ruine. Les injures que font les hommes puissants , ils ont coutume de les recouvrir d'un nom moins déshonnéte; aussi le pape et le roi ont choisi cette manière de recouvrir leur injustice. Néanmoins , si vous pensez autrement , je suis dans vos mains : vous avez à me conduire ou à me laisser. Vous mes pères, vous mes défenseurs, je ferai volontiers ce que vous me commanderez de faire ; et je ne refuserai jamais, si cela vous paraît ainsi , de finir avec mon sang la guerre commencée avec celui de mon frère. »
Les Florentins se préparèrent à la guerre; ils envoyèrent demander des secours à Milan, à Venise,