CHAPITRE XXX VI
« Et comme Sixte IV s'était démontre loup et non pasteur, afin de n'être pas dévorés comme coupables , ils justifièrent leur cause de toutes les manières possibles. »
Us renoiplirent Htalie du récit des trahisons ourdies contre leur ville , signalant l'injustice du pontife. Tout ce combat moral entre les Florentins et le pape, est peint ici avec les couleurs les plus énergiques ; mais comme l'auteur se fait une obligation de dire les raisons invoquées plus ou moins raisonnablement par tous les partis, il finit de cette manière :
« lie pape ne manquait pas de réponses pour justifier sa cause. Il alléguait qu'il appartenait à un pontife d éteindre la tyrannie, d'opprimer les méchants, d'élever les bons; qu'il doit faire ces choses ai^ec tout remède opportun ; que ce n'était pas l'office des princes séculiers de détenir les cardinaux , de pendre les évêques , de déchirer et de traîner en morceaux les prêtres et tous les innocents et les coupables sans distinction. » *
La guerre devint terrible. Aux plaintes du saintsiège, le gouvernement de Florence répondit par des paroles accusatrices. Machiavel n'a pas connu, entre autres pièces, puisqu'iln'en parle pas, la lettre que nous allons rapporter ici. Le pape Sixte IV avait écrit aux Florentins , quelque temps après la mauvaise issue de la conspiration , et leur avait ordonné de chasser Laurent. Au lieu d'adresser la lettre aux prieurs de liberté y au gonfalonier de justice y au peuple et à la commune y il avait omis les mots de liberté et jus-ticey et il rfavait pas commencé par la formule ordinaire, A nos chers fils en Jésus^ChrisL La république répondit ainsi :
AU SUPRÊME POIITIFE.
« Nous avons été -étonnés , très-saint père , de voir, dans
i6o MACHIAVEL-
les lettres confiées au courrier Calabrais , que vous avez changé tout-à-coup la formule épistolaire qui est en usage quand les souverains pontifes nous écrivent: les mots de liberté et patrie y omis sur la suscription , nous annoncent assez ce que cela doit nous apprendre. Si nous avions fait ce que vous conseilliez, il aurait été nécessaire que nous ne nous fussions pas souvenus de tels noms. Et pourquoi parlet-on au peuple dans un style nouveau ? Quand vous écrivez à ce peuple que vous dites aimer et favoriser de tant de bienveillance, vous pervertissez le style ordinaire, vous oubliez les termes de dilection qui j usqulci avaien l précédé toutes les vraies lettres pontificales. Est-ce que vous n'aimez pas ce peuple, que vous châtiez par de telles censures, que vous vous efforcez de ramener à votre puissance par les armes qui vous sont propres .»*Si vous ne parlez plus de cette dilec" tioFiy il ne restera aucune cause pour que vous ne poursuiviez pas toujours ainsi. »
« Maintenant nous venons aux lettres. Vous voulez chasser de la villa Laurent de Médicis : nous voyons dans ces lettres deux motifs pour cette volonté; c'est parce qu'il est tyran , et parce qu'il est contraire au bien de l'église chrétienne. »
« Pour en finir avec le premier reproche, en vertu de quel pacte serons-nous libres , Laurent une fois chassé , et chassé par votre ordre? Vos lettres énoncent des propositions contraires : tandis qu'elles promettent la liberté , elles l'enlèvent par les impérations qu'elles renferment. Pour vous délivrer de toute inquiétude à cet égard , sachez que nous avons appris, sans conseillers, à chasser nos mauvais citoyens et nos tyrans , et à administrer notre chose publique. Revenez un peu à vous, très-saint père, nous vous en conjurons, abandonnez-vous aux affections qui honorent tant ce siège sacré, et cette gravité et celte sainteté pontificale. Vous appelez Laurent de Médicis un tyran ; mais nous et notre peuple unis aux autres citoyens que vous accusez, nous, d'une voix unanime, nous le trouvons et nous l'appelons le défenseur de notre liberté. Nous sommes prêts.