CHAPITRE XXVIL i
le plus de conformité pendant sa vie homaine. La reine Circé a plusieurs femmes pour la servir. Celleci qu'il voit devant lui, avec ce flambeau et ce cor, porte le flambeau pour s'éclairer dans la forêt ténébreuse, et le cor pour rappeler les bétes qui ont pu, en paissant, perdre le chemin. La femme ajoute que s'il ne veut pas rencontrer les yeux de Circé , il faut qu'il vienne dans le palais, marchant à quatre pattes et cachant sa figure. Comme il ne voit que la mort, s'il est abandonné seul dans la foret, il accepte cette condition, se met à marcher ainsi qu'on le lui a prescrit, et continue de s'avancer entre un cerf et un ours.
n suit sa conductrice, en tomrnant ses épaules vers le ciel : il était saisi de frissons et de chaleur subite; il cherchait à voir si ses bras savaient changé de peau.
« O vo«is qui marchez quelquefois en rampuni, penses^ je vous en conjure , à l'état où j'étais '. *
Ils arrivent à la porte d'un palais entouré d'eau: la 1518, dame seule, pour y arriver, suit un pont étroit : lui et les animaux traversent l'eau et s'y couvrent de fange. La dame le conduit dans ime chambre , essuie les souillures que la boue a laissées sur ses vêtements; alors il lui adresse de vives actions de grâces , et hii demande quelles sont les circonstances de sa vie de pécheur dont elle peut être instruite. La dame lui répond que, parmi les anciens et les modernes, personne n'a éprouvé plus que lui l'ingratitude, et cependant n'a accompli plus de travaux. Ce malheur, dit-elle, ne t'arrive pas par ta faute; seulement un sort contraire l'a voulu ainsi.
■ o Toi che aadate aile volte carpoBÎ , Per diMK2Mm', peuate coii'io stava.
i6 MACHIAVEL.
< C'est le sort qui t*a fermé les portes de la pitié ; c'est le sort qui ta conduit dans ce lieu funeste et terrible. Mais comme les larmes sont laides dans un homme, tu as dû opposer un œil sec aux coups de la fortune. Considère les étoiles et le firmament; considère Phébé et les autres planètes qui vont errant en haut, en bas, sans aucun repos, Tu vois le ciel tantôt ténébreux, tantôt clair et lucide, et rien sur la terre ne continue de rester dans le même état : de là naissent la paix et la guerre; de là proviennent les haines entre ceux qu*un même mur et qu'un même fossé renferment'; de là est venu ton premier martyre ; c'est là la cause de tes fatigues sans consolations. Le ciel n'a pas encore changé de sentiment, et n'en changera pas tant que les destins persisteront contre toi dans leurs desseins cruels Avant que
des étoiles plus heureuses se, montrent pour toi, il iàut que tu erres dans ce monde, caché sous une peau nouvelle '. »
< Antre imitadon da Dante, Pdrgat. , cbant VI. Cest le même vers avec on léger changement. Je snis persuadé , comme je Tai dit dans les notes de ma traduction dn Dante , à propos dn Tasse qpl avait emprunté un beau vers k Alighiéri , que dans ces circonstances - là , les anteurs soulignaient les vers empruntés , et qu'on a eu tort de renoncer à cet usage qui disculpe un écrivain de toute accusation de plagiat. Voyez ma traduction du Purgatoire , i83o, in-3a, tom. I, pag. 207 , notes.
> Qoesta ti chiuse di pietà le porte ,
Quando che questa al tutto t'ha condotto, In questo loogo à féroce e forle.
Ma perché il pianto «11* nom fii sempre bnitto , Si debbe a colpi délia sua fbrtuna Voltar il viso di lacrime asciutto.
Yedi le stelle e 1 ciel, vedi la luna , Tedi gli altri pianeti andare errando.
Or alto, or basso, senza reqaie alcuna. Quando il ciel vedi tenebroso , e quando Lucido e chiaro , e cosi nulla in terra Vien nello stato suo perseverando.
Di quivi nasce la pace e la guerra , Di qui dipendon gli odii tra colore, Che un muro insieme ed una fossa serra ; Da questo viene il tuo primo martoro.