CHAPITRE XXVII
La dame l'engage à subir le sort qui lui est réservé, et lui conseille de charger, de bonne grâce, ce poids sur des épaules solides et courageuses : le mal sera différé, mais il faudra s'y soumettre. Cependant le voyageur sera quelque temps auprès d'elle, afin qu'il puisse s'accoutumer avec les habitants de ce funeste séjour.
Le chapitre IV renferme la peinture la plus singulièrement voluptueuse des scènes qui suivent cet entretien. La description de la beauté de la gardienne du malencontreux troupeau est digne des meilleurs poètes italiens.
« Ici, il faut chaîner les Muses elles-mêmes de célébrer sa beauté; sans elles, nos paroles seraient jetées en vain. Ses cheveux étaient d'une couleur d*or éclatante, s*arrondissant en miUe boucles qui paraissaient les rayons d*une étoile ou d'une lueur céleste. Chacun de ses yeux semblait une flamme si brillante , si claire et si vive , que la vue la plus téméraire se serait éteinte à les regarder. Sa tète avait une telle force d'attraction, que je ne sais à quoi la comparer, parce que mon œil ne pouvait continuer de la contempler. Les dis étaient fins, noirs et arqués; tous les conseils célestes, tous les dieux se réunirent pour les former. Je voudrais dire du charme qu'ils encadrent, quelque chose qui ressemblât à la vérité ; je me tais , parce que je ne saurais l'exprimer. Je ne sais pas davantage qui a modelé cette bouche,
Da questo naoqiie al taUo la cagione , Délie fatiche tue senza ristoro.
Non ha cangiato il cîelo opinione Anoor, né cangeri, mentre die i fiiti Tengon ver te la lor dura intenzioiie;
Ma prima che si mostrin queste stelle, Liete verso di te, gir ti oonyiene , Cercando il nioiido sotto nuova pelle.
i8 MACHIAVEL.
si ce n est pas Jupiter qui Ta moulée de sa propre main. Les dents étaient plus blanches que Tivoire. Le mouvement d'une langue 9 pareil à l'agitation d'un serpent, se voyait entre les lèvres d'où sortaient des paroles qui pouvaient arrêter les vents et faire végéter les plantes, tant ces accents étaient doux et suaves! On remarquait le menton et le cou j et tant d'autres beautés qui auraient fait retrouver le bonheur à Tamant le plus infortuné. »
« Je ne sais s'il est à propos de raconter ce qui arriva ensuite , parce que la vérité fait souvent la guerre à celui qui la dit. Je dirai tout cependant, laissant Tembarras à qui veut critiquer, parce que lorsque l'on tait un grand plaisir, on n'a plus goûté un plaisir entier ' . »
Il n'est pas difficile de deviner ce que je n'ajoute pas en ce moment. L'auteur est ici, non-seulement moins chaste sans doute que le Tasse, ce qu'il est naturel de penser, mais encore plus libre, plus abandonné, plus passionné que l'Arioste, sans être cependant hors de toute mesure, comme quelques autres
■ Qui bûogna aile muse il peso dare ,
Per dir la sua beltà, che sema loro
Sarebbe tano il Bostro ragionare.
EraDO'i SQoi capeibioodi com* oro
Rioduti e crespi, talchè d*uDa Stella,
Piu'cvio i raggi , o del supenio coro.
Ciascuo occhio pareva una fiammella,
Tanto lucente , si chiara , e si viva ,
Che ogoi acuto veder si spegne in quella. Ave?a la testa una graaia attrauiva
Tal ch*io non so a cbi me la somigU,
Perché V oodiio a guardaria si smarriva. Sottili, arcani, e neri erano i cigU,
Perché a plasmarli (ur tutti gU dei,
Tutti i celesti , e supemi Consigli.
Di quel, che da qoei pende, dir vorrei,
Cosa che al vero alquaoto rispondesse,
Ma tacrjol' perché dirlo non saprei.