‹ Machiavel, son génie et ses erreursChapitre 81 sur 274 · CHAPITRE XXXVI. i6i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVI. i6i

quelque événement qu*il arrive, à tout sacrifier pour la conservation de Laurent et de ces autres citoyens ; conservation à laquelle nous ne doutons pas que ne soient attachés le salut public et la liberté. Au nombre des accusations contenues dans les lettres sur Laurent, il n*y a rien que nous ne combattions en face : la vérité et notre conscience nous seront en aide. Certes, nous tous nous rions de ces reproches qui sont si vains , pour ne pas dire malicieux. La mention que vous faites adroitement des circonstances où s est trouvé Barthélemi Colleoni', et la manière dont vous incriminez la fidélité de nos confédérés , n'ont pas besoin d'un interprète plus habile. Sont-ce là des moyens dignes de b majesté pontificale, et du vicariat de J.-C ? Nous avons éprouvé toute la fidélité de nos alliés, et nous avons combattu glorieusement, avec leurs secours. Nous connaissons ces choses-là mieux que d autres, qu'il nous soit permis de le dire avec la permission de tous : et vous voulez chasser de notre ville Laurent qui ne dégénère pas de toute sa famille, de son aïeul Gosme, père de notre patrie , de Pierre, à qui il doit le jour, homme très-distingué , et qui a bien mérité de notre liberté; vous voulez chasser Laurent, ce citoyen tel que nous n'en avons aucun que nous puissions lui préférer pour les $entiments de vraie religion , de pratiques saintes, de charité et de piété : peut-être le réprouvez-vous , parce qu'il a arraché des mains du peuple en fureur, le cardinal Raphaël, votre neveu, et qu'il a veillé au soin de sa vie ; vous le réprouvez parce que, après que Julien eut été massacré, Laurent blessé, confiant dans une espérance plus divine qu'humaine, a évité les glaives odieux et sacrilèges des parricides et la mort! S'il s'était laissé tuer par les satellites féroces que vous aviez envoyés ; si nous n'avions pas recouvré la citadelle de notre liberté, le palais public dont s'était emparée la ruse de vos traîtres ; si nous avions livré au supplice nous-mêmes, nos magistrats et nos citoyens, nous n'aiurions rien à démêler avec vousl »

■ Général qae les Vénitieni avaient armé en secret contre les Florentins.

i6a MACHIAVEL.

« Descendons à un autre motif. Comment un tel citoyen est-il ennemi du bien public? Il y a d*autres causes qui excitent les armes chrétiennes contre les chrétiens, qui entravent la défense de la religion , et qui retardent l'expédition contre les Turcs, comme autrefois elles ont arrêté l'empereur à Ratisbonne, expédition pour laquelle nous avons donné publiquement plusieurs grands vaisseaux à vous et au roi Ferdinand. Cosme , aïeul de Laurent , a offert aussi au suprême pontife un bâtiment magnifiquement armé à ses frais; de plus, lorsque Laurent était à Rome, voulant contribuer, autant que nos forces le permettaient, au soulagement de la religion souffrante, nous avons donné une grande somme d argent ; nous avons aidé d'un présent de vingt mille florins le roi Ferdinand. Hé bien ! le bruit court que , par des ambassadeurs et des subsides, celui-ci cherche à se concilier Tamitié de Fennemi public de la religion chrétienne. Le même prince, joint à vous, déclare la guerre aux chrétiens, et assis sur le seuil de Tltalie, leur insulte, d'un ton d'orgueil et de victoire. Sur vos exhortations, nous avons secouru Mathias , roi de Hongrie , et nous n'avons pas manqué aux Vénitiens qui sont unis à nous par des traités. Que de sacrifices multipliés n'a-t-il pas consentis, envers celui que tout ceci regarde plus particulièrement, et cependant voilà la raison que vous donnez pour la guerre ! et ainsi vous confondez tous les droits humains et divins. Mais certes il y a une autre raison qui vous aime contre les chrétiens et les principaux et perpétuels amis de ce siège sacré où il faut que soit assis le vicaire de J.-C. Depuis que vous occupez ce siège, on connaît trop, hélas! ce qu'ont fait vos armes, les signes pontificaux , le bâton pastoral de saint Pierre et sa barque! Hélas ! tout cela ne déclare ausM que trop quel est celui qui est ennemi du bien public ! Et nous, que n'avons-nous pas fait pour l'Italie , lorsque nous vous avons promis, sur votre demande, en notre nom et au nom de nos alliés, la sécurité de vos possessions ; lorsque nous avons accordé si méritoirenient , au comte Jérôme, votre neveu, que sa dignité serait transmise à ses enfants (mais nous ne connaissions pas en-

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