CHAPITRE XXXVI
il ne souille son récit d'aucun sentiment d'injustice ^ et l'on a vu qu'il a admis jusqu'aux excuses que pouvait apporter le pape Sixte lY , qui avait aussi demandé pourquoi on avait versé à la fois le sang des coupables et celui des innocents. Mais c'est là une de ces accusations auxquelles les révolutions ne savent pas toujours répondre.
Machiavel continue rapidement son récit. Florence est menacée de toutes les fureurs de la guerre.
Les Vénitiens refusent des secours. Milan occupé ses dissensions ne peut en envoyer. Les Florentins , fatigués après tant d'efforts pour conserver Laurent, demandaient hautement la paix. Laurent voyant la ville incertaine et mécontente, se décide à aller solliciter une alliance auprès du roi de Naples. Haute et sublime détermination! Il allait se livrer sans défense à l'un de ceux qui avaient voulu l'assassiner. Il recommanda l'état et la ville à Thomas Soderini, et au commencement de décembre 1 479 , il partit pour Pise, d'où il écrivit à la Seigneurie ses projets de voyage à Naples.
Arrivé dans cette ville, il vit le roi qui, frappé de la grandeur de son caractère, de la dignité de ses manières, et de son éloquence, lui fit un accueil distingué. Enfin, il revint à Florence, apportant la paix qu'on avait tant désirée. Avant la mort de Sixte IV, les Florentins se réconcilièrent avec lui, mais après quelques autres correspondances d'un ton encore presque aussi violent que celui de la lettre du ai juillet 1478. Le pape eut bientôt pour successeur le cardinal Cibo qui prit le nom dlnnocent VIII.
Le célèbre comte Girolamo Riario, qui avait pris part à la conspiration des Pazzi^ mourut assassiné à Forli.
On avait atteint l'année 1 49^ au milieu de plusieurs
vicissitudes toujours renaissantes. A cette époque mourut Laurent. Si Machiavel quoique enfant a pu conserver quelque souvenir de la conspiration des Pazzi, il a dû certainement en 1 49^ ^ époque où il avait ^3 ans , prendre une part quelconque à la tristesse de la ville, qui pleura amèrement la mort de Laurent : aussi fait-il de ce dernier un éloge remarquable; il vante ses vertus , son esprit conciliateur, ses connaissances en architecture, en musique, en poésie. Il est présumable que ce sont ces éloges qui ont donné à Roscoë l'idée de composer cette histoire particulière de Laurent qui a obtenu tant de succès, et qu'un de nos bons écrivains, M. Thurot, que nous avons eu le malheur de perdre dernièrement, a traduite si élégamment en français. La mort de Laurent fut accompagnée de mille prodiges effrayants sur lesquels l'auteur insiste avec sa crédulité ordinaire. Il termine ainsi tout son ouvrage:
« L'Italie, privée des conseils de Laurent, ne se trouva en état ni d assouvir, ni de réfréner Tambition de Frédéric Sforae, gouverneur du duc de Milan. Par cette raison , immédiatement après la mort de Laurent, commencèrent à paraître ces mauvaises semences qui, en peu de temps (puisque celui qui avait pu les détruire n était plus vivant), ruinèrent et ruinent encore Tltalie. »
Telles sont les Histoires florentines de Machiavel. On peut remarquer à quel degré de perfection le talent de l'écrivain est arrivé. Il y a bien encore quelques expressions mystérieuses et hasardées que nous sommes prêts à repousser vivement ( le remède opportun que peut employer Sixte IV ') et d'autres, mais il ne répète aucun des principes ouvertement cyniques que nous avons blâmés dans le Traité des Principautés.
Voyes plus haut» m^me cbapilre, pag« 159.