CHAPITRE XXXVI
La vigueur de Fidée , la pureté et la dignité de la diction 9 le respect pour la religion (car il ne faut pas appeler impiétés les paroles qu'il met dans la bouche d'interlocuteurs diifamés par lui-même , ni ce qu'il dit de Sixte IV, complice et fauteur évident de la conspiration de 1478), l'appropriation la plus scrupuleuse des tournures de langage qui conviennent à chaque personnage, de l'érudition, de l'imagination, de l'éloquence, des traits inattendus, d'heureuses réminiscences de Tacite et de Tite-Live, l'élégance italienne déjà plus harmonieuse , et avec tous ces avantages, un style brillant, une fierté d'expressions dans l'exposition des faits , le soin de soutenir constamment l'intérêt, une distribution juste et généreuse de la louange, du blàpie, même de l'indifférence, jetés comme par mégarde , donnent à tous les Italiens d'aujourd'hui les mêmes sentiments. Il leur parait à tous, quoique divisés en royaumes divers , que cet ouvrage , est celui de chacun de leurs pays. Mais la moindre gloire n'est pas aux Florentins. Ce sont eux qui gardent le plus précieusement, le plus énergiquement, ce feu sacré. Les dissensions de Pise, de Sienne, ont cédé au besoin, à la nécessité de vanter, d'admirer, de faire connaître mieux, d'expliquer, de présenter enfin à toutes les nations, avec l'ornement d'une auréole de gloire impérissable , la composition de Machiavel appelée les Histoires Florentines. Cette unanimité de sentiments dans la Péninsule, faisant déclarer à tous ses habitants que ces histoires sont le meilleur ouvrage de ce genre qui ait été composé dans leur langue, le devoir des autres nations est sans doute de se demander à leur tour si aucun de leurs historiens a surpassé un pareil modèle.
S'il s'élève des réclamations en faveur de Mézerai, 1525.
17a MACHIAVEL.
de De Thou, de Goethe, de Schiller, de Hume, de Gibbon, de Karamsin, et de tant d'autres en France et hors de notre patrie, constatons au moins bien évidemment une opinion d'Alfiéri qu'une circonstance heureuse nous a révélée. Il possédait une édition trèsbelle de l'Ammirato qui a composé aussi des Histoires florentines, qu'il porte plus loin que ne l'a feit Machiavel.
Le rival jaloux du secrétaire dit ces propres paroles, en parlant de son devancier :
« En définitive, Machiavel désordonné les années , change les noms , altère les faits , confond les causes , accroît, ajoute , enlève, diminue, et fait tout ce qui lui passe dans Timagination , sans frein , sans égard pour aucune règle : et ce qui paraît le plus ennuyeux , il semble qu*il veuille faire cela exprès, plutôt qu'il ne le fait par erreur, ou parce qu'il ne sait pas que les choses se sont passées autrement. Cest peutêtre par la raison qu'en faisant ainsi , le style devient plus noble et moins sec qu'il ne l'aurait été, si Tauteur eût obéi aux temps et aux faits , comme si on devait accommoder les choses au style , et non pas le style aux choses '. »
Alfiéri écrit en marge de la page où commence ce jugement si injuste : Fedi nota a carta 534- On court à cette page où Alfiéri surprend Ammirato en mensonge évident et volontaire. Le grand poète écrit de
I « In somma {MackiavelU) scambia gli anni, muta i nomi, altéra ifatti, confonde le cause, accresce, aggiugne, togGe, dUninuisce, e fa tuito quel che glitorna in fantasia, senza freno, o ritegno di Ugge alcuna,eqitel che pm pare noioso è, che in molti luoghi par che egli vogUa cih fare piuttosto artatamente che perc/iè ei prenda errore, o che non sappia quelle cose esser andate altri- . menHtforse, perché cosïfacendo, lo scriuere piit bello e men secco ne diuenisse, che non haurebbe fatto se a tempi e afatti hauesse ubbidito, corne se le cose allô stile, non lo slile aile cose s' hauesse ad accomodare. »
Istorie Florentine di Scipione Ammirato , Florence , i54i» în-i**, put. tec..