CHAPITRE XXXVI
sa propre main d'abord une rectification relativement à Garzia , qu Ammirato prétend être mort de maladie en i56a, et qui au contraire fut tué par son propre père Cosme, fiirieur de ce que Garzia avait lui-même tué son frère Jean.
Alfiéri ajoute ensuite ces mots foudroyants :
« Signer Ammirato, quand on est prêtre, Italien , esclave et veillaquej on n'écrit pas Thistoire. . . • »
« Et bien moins encore on accuse Machiavel , comme tu le fiûs page 96 de ce troisième volume , d*étre peu véridique. Vil vermisseau, oses*tu, je ne dis pas parler, mais seulement regarder le lion ' / »
Il y a des hommes dont le nom a une autorité si immense, qu'après avoir rapporté leur opinion, il. faut garder le silence. Aussi me bornerai-je ici à remarquer seulement que l'admirateur si enthousiaste du Lion a été un peu loin dans l'énumération imprécatoire des indignités qui doivent interdire d'écrire rhistoire. Je crois avec tout le monde, qu'un esclave et un homme lâche ne doivent jamais essayer une tâche au-dessus de leurs forces et de leur courage ; je crois aussi qu'un ecclésiastique rencontre encore d'immenses obstacles dans ce respect pour tant de convenances, que son ministère lui commande de toutes parts; je crois que la morale de la chaire, qui gronde à peu près toujours, et qui n'est jamais bien satisfaite, n'a pas et ne peut pas avoir apparemment ce calme ou ce mélange de sévérité et d'indulgence qu'on cherche dans l'historien; je crois qu'elle
> « Signor Jmmirato f quando si è prête, iudiano, sclùopo^ e vigUaccho , non
si scrtve istorie e molto meno si taccia Machiaveiii eomefai a caria 96 di
questo volume 3, di e^er poco verace; vil verme osi tu non ehe parlare, pur rimirar lo Leone! m
dédaigne, dans sa mission qui est plus élevée et si distincte, de porter la main à ces balances où sont pesées une à une les bonnes et les mauvaises actions des hommes : mais moi , qui ai lu et relu tous les ouvrages historiques de Machiavel , de Guicciardini , et d'Ammirato lui-même, de Varchi et de tant d'autres, je ne crois pas qu'un Italien doive être déclaré incapable de remplir de si graves fonctions. M. Botta donne aussi sous nos yeux un bien glorieux démenti au sévère critique. Il faut donc aider au sens de la malédiction d'Alfiéri , qui était aussi Italien , et il veut dire apparemment : « Un Italien qui ne sent ni comme Machiavel, ni comme beaucoup d'autres, ni comme moi , la dignité de son pays , un tel Italien n'en doit pas écrire l'histoire. »